Timothy Robert LACHIN

Sujet de thèse : Dialectique du non-lieu

Date de soutenance de la thèse : 4.12.2019

Résumé de la thèse : La psychanalyse est impensable en l’absence d’une topologie. Freud conçoit l’inconscient comme un jeu de régions, un « appareil composé de plusieurs instances, districts, provinces  ». À la fin de sa vie, il va jusqu’à faire dériver la spatialité réelle de la spatialité de l’inconscient : « Il se peut que la spatialité soit la projection de l’étendue de l’appareil psychique. Aucune autre manière de la faire dériver ne paraît vraisemblable. Au lieu des conditions a priori de Kant, voilà l’appareil psychique. La psyché est étendue, de cela on ne sait rien. » La présente thèse constitue une tentative de prolonger cette réflexion du dernier Freud. Notre but sera de rendre compte des mutations dans l’inconscient hypermoderne en analysant les lieux réels qui en sont en même temps le reflet, la cause et la conséquence. L’ontologie qui va nous orienter, et qui sera développée, est celle d’un réel qui se dédouble sans cesse sous la pression constante de la négativité. Ce dédoublement primordial divise le monde en un intérieur et un extérieur qui sont en même temps un et deux. Or, suite à la mise en place de ce que nous pouvons ainsi appeler le principe d’extimité, la vérité ne se trouve plus d’un côté ou de l’autre de la faille mouvante de la négativité mais plutôt dans le mouvement même de celle-ci. Chez Lacan, la référence à la topologie est encore plus conséquente que chez Freud. Deux citations de la fin de son enseignement vont nous servir de boussole au cours de la présente étude. Premièrement : « La topologie, c’est le temps . » Avec cet énoncé, Lacan nous indique que la spatialité a besoin de la temporalité pour se réaliser et vice versa. Deuxièmement : « Il y a certainement une vérité de l’espace qui est celle du corps. Le corps, en l’occasion, est quelque chose qui ne se fonde que sur la vérité de l’espace . » Le corps est donc ce qui relie la spatialité et la temporalité. Cette thèse a donc nécessairement une structure double. D’un côté, un mouvement centrifuge qui va de la théorie psychanalytique vers la phénoménologie. De l’autre côté, un mouvement centripète, qui va de la phénoménologie géographique vers l’inconscient. La citation suivante de l’ethnologue Marc Augé nous servira de point de départ de ce mouvement centripète : « Si un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non-lieu. L’hypothèse ici défendue est que la surmodernité est productrice de non-lieux. »
Ce que nous avons perdu au cours du 20ème siècle n’est rien d’autre que le lieu lui-même. C’est cette perte que nous essayons de théoriser ici. La construction double de cette thèse – tantôt centripète, tantôt centrifuge – exige la mise en place d’une structure qui détermine ces transformations de registre. Aussi, nous allons devoir compléter la phénoménologie des divers lieux analysés par une dialectique du lieu en tant que tel. Ceci nous amènera à revisiter le rapport trouble qu’entretient Lacan avec Hegel, et plus précisément le statut de l’Aufhebung dans son enseignement. 

Contact : timlachin@gmail.com

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