Séminaire. Reflexio 2025-2026

REFLEXIO 2025-2026
Séminaire co-organisé par Catherine Guesde (Université Paris 8 / LLCP, catherine.guesde@univ-paris8.fr) et Matthieu Saladin (Université Paris 1 / Institut ACTE, matthieu.saladin@univ-paris1.fr)
En partenariat avec Les Instants chavirés (Montreuil) et La Muse en Circuit – CNCM (Alfortville)

Dépliant Reflexio 2025-2026 (PDF)

 

Toute propagation du son s’accompagne d’une réflexion acoustique, dès lors que l’onde sonore rencontre une surface qui en partie l’absorbe et en partie la réfléchit. Dérivant de ce principe, le cycle Reflexio propose une série de conférences où les paroles d’artistes, de musicien·ne·s et de chercheur·euse·s s’offrent à la réflexion partagée, dans des moments d’échange où les énoncés de chacun et chacune deviennent autant d’échos.
Du cyberféminisme à l’esthétique de l’échec, en passant par la matérialité langagière et ses rapports de domination, la non-binarité, les récits et les langues oubliés, ou encore les affects des rythmes, ces conférences abordent quelques-unes des préoccupations qui animent, aujourd’hui, les pratiques et la recherche dans les arts sonores et les sound studies.

 

Programme :

06.11.2025 : Fanny Chiarello, en discussion avec Louise Barrière autour du livre Basta Now ! (Women, Trans & Non-Binary in Experimental Music) aux Instants chavirés
11.12.2025 : Alexis Degrenier, en discussion avec Catherine Guesde, « Quand le temps déborde » à La Muse en Circuit – CNCM
12.02.2026 : Erell Latimier, « Prendre le dire. Composer / Écrire / Chercher » à l’Université Paris 8 (Amphi MR002)
26.02. 2026 : Annie Goh, « Échos d’ailleurs ? De l’archéoacoustique aux cyberféminismes sonores » à l’Ecole des arts de la Sorbonne (Salle 130)
19.03.2026 : Euridice Zaituna Kala, « Pour celleuxs qui n’ont pas de langage mais des sons » à La Muse en Circuit – CNCM
02.04.2026 : Francisco Meirino, « L’échec comme musique » aux Instants chavirés

 


 

Fanny Chiarello, en discussion avec Louise Barrière
« Fabuleux-ses : les personnes FINTA* en musique expérimentale sont-iels des chimères ? »
Jeudi 6 novembre 2025, 19h
Les Instants chavirés
, 7 rue Richard Lenoir - 93100 Montreuil (M° Robespierre)

 

Discussion autour du livre Basta Now (Women, Trans & Non-Binary in Experimental Music) de Fanny Chiarello, aux côtés de Louise Barrière (maîtresse de conférences en médiation culturelle à l’Université d’Aix-Marseille).
Dans les interstices de l’histoire, dans les marges des programmations, de la presse musicale et des discussions avisées aux buvettes des festivals, dans l’ombre des grands hommes, dans les recoins des grandes institutions créées par et pour les grands hommes, derrière les rideaux, sous les radars, que voit-on bouger ? Ce sont des personnes FINTA*, femmes, trans ou non-binaires (ou ce que quelques-un·e·s d’entre elleux commencent à appeler des non-men – ça sonne mieux que non-hommes), qui œuvrent dans les mêmes domaines que les messieurs sur la photo, sur la scène, à la programmation, des domaines très vastes où l’on pourrait penser qu’il y a de la place pour tous les genres. Pourquoi cette différence de traitement au 21ème siècle ? Qu’est-ce que l’oreille vient faire là-dedans ? Faut-il continuer d’attendre à la porte des studios ou créer nos propres réseaux ? Ce sont quelques-unes des questions dont nous pourrons débattre ensemble.

Fanny Chiarello est autrice de romans, de poésie et de littérature jeunesse. Son dernier roman, Colline, est paru dans la collection Sorcières de Cambourakis en mars 2025. Elle a cofondé avec la percussionniste Valentina Magaletti le label de musique expérimentale et de micro-édition Permanent Draft (Londres), dédié à la création et à la promotion des femmes, des personnes trans et non-binaires. Son essai Basta Now (Women, Trans & Non-Binary in Experimental Music), diffusé dans le monde entier, est considéré comme une ressource importante.

Louise Barrière est maîtresse de conférences en médiation culturelle à l’université d’Aix-Marseille. Elle est l’autrice d’une thèse intitulée « "If you feel like a lady…". Médiations féministes des musiques DIY dans une scène globalisée », soutenue à l’université de Lorraine en 2022. Ses recherches portent plus globalement sur les questions de féminisme et de genre dans les musiques populaires. Depuis 2025, elle est co-directrice de publication de la revue Volume ! avec Catherine Rudent.

 


 

Alexis Degrenier, en discussion avec Catherine Guesde
« Quand le temps déborde »
Jeudi 11 décembre 2025, 19h
La Muse en Circuit – CNCM, 18 rue Marcelin Berthelot, 94140 Alfortville (M° École Vétérinaire de Maisons-Alfort)

 

Cette présentation se propose de penser le rythme de manière incarnée, depuis la pratique du percussionniste, mais aussi à partir de la multiplicité des temps vécus en première personne. A partir d’une série d’extraits commentés, dans un parcours allant de Machaut au rap en passant par Ligetti, il s’agira d’envisager des temps musicaux en rupture avec le temps social, et de s’intéresser à des formes de temporalités non linéaires – crip time, stases, ou temps qui déborde.

Alexis Degrenier vit et travaille près de Clermont-Ferrand. Après des études de percussions classiques et de composition, il décide d’emprunter des voies aussi multiples qu’éloignées, invoquant aussi bien la musique de Ligeti que les systèmes métriques du Maqam et des musiques du Moyen-Orient ; les pulsations des mécaniques du quotidien, que les musiques du Centre France en passant par l’étude de l’écoute oblique des espaces sonores. Il puise son inspiration dans la littérature ou la philosophie pour en extraire ce qu’il désire transformer – le concept en affect. Il a notamment joué au sein des groupes La Tène, Tanz Mein Herz, de l’ensemble Minisym, et fait partie du catalogue de Murailles Music. Il se produit en solo tout en collaborant, entre autres, avec Clara Lévy, Radwan Ghazi Moumneh, Yann Gourdon…

Catherine Guesde est Maîtresse de Conférences au Département de philosophie de l’Université Paris 8, dont elle est également co-responsable de la mention de Master, et membre du Laboratoire d’études et de recherches sur les Logiques Contemporaines de la Philosophie de la même université. Elle est aussi une musicienne et critique musicale. Domaines de spécialités et thèmes de recherche : Esthétique musicale, esthétique et sciences sociales, musiques populaires, musiques expérimentales, marges musicales, théorie de l’écoute, histoire de la perception.

 


 

Erell Latimier
« Prendre le dire. Composer / Écrire / Chercher »
Jeudi 12 février 2026, 19h
Université Paris 8 – Amphi MR002 (Maison de la Recherche)
, 2 rue de la Liberté – 93200 Saint-Denis (M° Saint-Denis Université)

 

Cette intervention proposera d’interroger le lien entre trois formes d’écritures théorique, sonore et littéraire considérant chacune à leur manière le langage en tant que pratique sociale, en tant que le dire est interdépendant du faire et qu’il constitue donc une activité qui modifie le social et le transforme. Parler, que ce soit à haute voix, à soi-même ou même en faisant silence, suppose toujours de s’adresser, de parler à quelqu’un, que ce quelqu’un soit présent ou non. Parler agit donc sur le corps social, même infiniment. Il agit sur les corps et les voix et produit des zones de stabilité et d’instabilité. On se demandera ce que le croisement de ces pratiques et les différents contextes d’énonciation activent, et comment, à partir de là, construire un nouveau territoire de discussion. On abordera également, avec l’aide de la sociolinguistique politique et des sound studies, les possibilités de rendre visible et audible, théoriquement et poétiquement, la matière langagière plurielle et les rapports de domination(s) qu’elle produit.

Sociolinguiste et compositrice, Erell Latimier travaille les processus de marginalisation, d’exclusion et d’émancipation dans ses textes et créations sonores. Écrivaine à l’origine, elle s’est rapidement tournée vers le son comme médium principal pour traiter le texte en performance live et en composition studio, en utilisant une variété de dictaphones, baladeurs, enregistreurs analogiques et numériques. Ses créations sonores sont toujours liées à ses textes. Elle a composé la musique de plusieurs films avec Thomas Chatard et Anne-Cécile Paredes, tout en participant à divers projets live avec Olivier Brisson (Bole) et Will Guthrie (Charlie Charlie).

 


 

Annie Goh
« Échos d’ailleurs ? De l’archéoacoustique aux cyberféminismes sonores »
Jeudi 26 février 2026, 19h
École des arts de la Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, salle 130
, 47 rue des Bergers – 75015 Paris (M° Boucicaut ou Charles Michel)

 

Dans cette conférence, Annie Goh présentera ses recherches sur la production de connaissances sonores et la figure de l’écho. Après avoir introduit le domaine de l’archéoacoustique, ou archéologie acoustique, elle décrira ce qu’elle considère comme le « ici » hégémonique de la production de connaissances sonores, et le mettra en contraste avec un « ailleurs » spéculatif, politico-philosophique, en s’appuyant sur son expérience de terrain. Elle cherchera ainsi à reconceptualiser l’écho en tant que figuration sonore féministe et décoloniale. Enfin, elle présentera comment certaines de ces idées ont été traduites dans sa pratique artistique sous la rubrique « Sonic Cyberfeminisms » (cyberféminismes sonores).

Annie Goh est une artiste et chercheuse. Son travail, qui prend de nombreuses formes allant de l’installation sonore, la composition et la musique assistée par ordinateur à l’écriture, la performance et la pratique sociale, adopte une approche critique des débats contemporains dans les domaines des technologies numériques, des arts médiatiques, des processus génératifs et computationnels et des études en communication, avec un accent particulier sur le son, le féminisme intersectionnel, la théorie décoloniale et la politique de la production de connaissances. Elle a co-organisé le programme de débats du CTM Festival Berlin 2013-2016. Elle est co-fondatrice du projet Sonic Cyberfeminisms depuis 2015 avec Marie Thompson et membre de la rédaction de Feminist Review depuis 2022. Elle est maîtresse de conférences et responsable du cours de licence en arts sonores à la LCC, UAL, et membre du CRiSAP (Creative Research into Sound Arts Practice).

 


 

Euridice Zaituna Kala
« Pour celleuxs qui n’ont pas de langage mais des sons »
Jeudi 19 mars 2026, 19h
La Muse en Circuit – CNCM
, 18 rue Marcelin Berthelot, 94140 Alfortville (M° École Vétérinaire de Maisons-Alfort)

 

Le son est un medium central et méthodologique dans la pratique artistique d’Euridice Zaituna Kala, agissant comme un outil essentiel pour une archéologie affective et la réparation mémorielle. Plutôt qu’un simple accompagnement, le son est utilisé pour créer des archives vivantes et sensibles qui pallient les silences et les lacunes des archives visuelles et écrites. L’artiste élabore des bandes sonores à partir d’éléments comme l’eau, la voix, le corps humain, pour cartographier des histoires. Dans ses expositions et performances, le son rend sensibles les récits et les langues oubliés, et confère une présence tangible aux corps et aux communautés effacées, transformant le public en auditeur actif.

Née à Maputo (Mozambique) en 1987, Euridice Zaituna Kala vit et travaille à Maisons-Alfort. Son travail porte sur les métamorphoses culturelles, l’adaptation et la manipulation de l’histoire. L’artiste puise dans les archives iconographiques pour révéler leurs subjectivités, ainsi que celles qu’elles ont rendues invisibles. Elle questionne l’appropriation des corps noirs à travers leur représentation dans les archives ; mais plutôt que de s’emparer de leur histoire, elle tente de réaffirmer leur existence. Son approche est basée sur une recherche adoptant de multiples formes : performances, installations, photographies, textes, sculptures/paysages, vidéos, œuvres sonores, films… Elle est artiste-enseignante à l’École des Beaux-Arts de Nantes depuis 2022, et est la fondatrice et co-organisatrice de l’e.a.s.t. (Ephemeral Archival Station), un laboratoire et une plateforme pour des projets de recherche artistique créé en 2017.

 


 

Francisco Meirino
« L’échec comme musique »
Jeudi 2 avril 2026
Les Instants chavirés
, 7 rue Richard Lenoir - 93100 Montreuil (M° Robespierre)

 

Mon travail sonore ne vise pas seulement à produire de la musique, mais à explorer une relation intime et tactile avec les machines et les objets techniques. Sous le concept de l’échec comme moteur créatif, j’intègre la panne, la défaillance et l’accident comme matériau de composition. Ces instabilités mettent en lumière ce que l’on n’entend pas d’ordinaire et transforment l’écoute. En assumant le bruit, le dysfonctionnement et la fragilité, je crée une dramaturgie sonore de leur disparition et questionne mon rapport à la création artistique dans une société obsédée par la performance et l’efficacité des êtres et des machines.

Francisco Meirino est artiste sonore. Sa musique combine des textures complexes, une précision tonale et une panoramique spatiale large, elle fascine par son intensité physique et par la précision de ses détails. Ses travaux explorent la tension entre le matériel programmable et son potentiel d’échec. Son intérêt se porte d’abord sur ce qui n’est pas supposé être enregistré : la fin de vie des appareils sonores, les bruits de fond, les parasites électrostatiques, les enregistrements de terrains non-naturalistes et l’utilisation non conventionnelle du matériel technique et des systèmes de diffusion du son.

 


 

Ce cycle de conférences est en entrée libre dans la limite des places disponibles.