Séminaire
Technologies de l’esprit. Machines à cohabiter 2026/2027
« À la recherche du futur perdu »
Séminaire hebdomadaire | Lundis à 18h30
Les séances se déroulent à La Générale – Laboratoire artistique, politique et social
39, rue Gassendi – 75014 Paris (Métro Mouton-Duvernet)
Par l’expression de « technologies de l’esprit », nous voulons marquer ce point où les techniques et les esprits coexistent et se disposent réciproquement, une zone d’indétermination dans laquelle les séances seront autant de coups de sonde. Nous vivons la fin d’une ère : celle où on pouvait s’orienter dans le monde en faisant le partage entre le sujet et l’objet. Le pari théorique dans lequel nous nous engageons est que désormais tout se passe au milieu. Nous ne vivons ni des déterminations (objectives), ni des projections (subjectives), mais des dispositions et des coexistence.
Organisation : Pierre Cassou-Noguès, Alban Leveau-Vallier et Baptiste Loreaux
Contact : pierre.cassou-nogues@univ-paris8.fr
Programme
Lundi 12 octobre 2026 : Baptiste Loreaux (Université Paris 8 / Université Libre de Bruxelles), Cybernétique, singularités, néolibéralisme
Lundi 19 octobre 2026 : Collectif RYBN, CAPITALISMSXIT
Lundi 26 octobre 2026 : Judith Michalet (Université Paris 1), Désir décélérationniste et machines utopistes : réaménager l’héritage poststructuraliste
Lundi 2 novembre 2026 : Cyril Goulenok (Université Paris 13 / Médecin réanimateur), Du bon usage de l’IA en médecine
Lundi 16 novembre 2026 : Maria Hellström Reimer (Université de Malmö) et Tania Ruiz (Université Paris 8)
Lundi 23 novembre 2026 : Séance sur le(s) futur(s)
Lundi 30 novembre 2026 : Eva Maria Llorca Alfonso (Université de Las Palmas), Sur la Maladrerie, Renée Gailhoustet à Aubervilliers
Lundi 7 décembre 2026 : Ghislain Casas (EHESS)
Lundi 12 octobre 2026
Baptiste Loreaux (Université Paris 8 / Université Libre de Bruxelles), Cybernétique, singularités, néolibéralisme
Baptiste Loreaux présente son travail de thèse soutenu en juin dernier sous le titre « La Conséquence cybernétique ». Il s’agit de comprendre comment les théories de l’information ont pu fonctionner comme un seuil de ré-articulation et de déplacement du schème de la « nature » et du projet moderne que ce dernier conditionne.
« Après avoir montré que le schème moderne de la "nature" repose sur une alliance entre physique et métaphysique exploitée de manière plus ou moins tacite, le groupe cybernétique apparaît avant tout comme un collectif décidé à assumer jusqu’au bout et de manière explicite toutes ces coordonnées de l’alliance moderne – c’est là un premier aspect de sa conséquence. Par une analyse aussi bien des textes publiés que des conférences cybernétiques et des archives (notamment celles de Warren McCulloch), il s’agit de comprendre le type de réformes métaphysiques que le groupe cybernétique a successivement conçues comme étant les plus cohérentes par rapport aux problèmes épistémologiques s’imposant au cours de la tentative de constitution de la notion d’information. En l’espace de dix ans (1943-1953), on passe ainsi d’un projet d’une physique de l’information rigoureuse à la nécessité d’apprendre de son impossibilité structurelle. Sous l’idéologie triomphaliste de l’information, il s’agit d’apprendre à lire un ratage, reconnu comme tel par les acteurs cybernétiques.
L’hypothèse est alors que chacune des configurations problématiques rencontrées le long de la séquence cybernétique a contribué à mettre en circulation un "régime d’activité" bien particulier se présentant comme capable de surmonter cet aspect de la crise de l’information et la difficulté de cette catégorie à schématiser un nouveau concept de nature. Ces régimes d’activité sont conceptualisés comme des performances techno-scientifiques sophistiquées mêlant des aspects indissociablement politiques, infrastructurels et métaphysiques. Ce sont là d’autres conséquences. »
Lundi 19 octobre 2026
Collectif RYBN, CAPITALISMSXIT
Dans le cadre du cycle « A la recherche du futur perdu », dans le séminaire « Technologie de l’esprit », nous recevrons le collectif RYBN qui parlera du projet CAPITALISMSXIT – https://rybn.org/capitalismsxit/fr/
CAPITALISMSXIT est une recherche artistique qui vise à construire une mémoire des différents récits de la fin du capitalisme.
RYBN diffusera d’abord des extraits des entretiens réalisés sur le futur après le capitalisme et quelques un des messages reçus sur le répondeur téléphonique de leur exposition à Marseille.
Nous discuterons ensuite ensemble des futurs possibles, impossibles, heureux, malheureux. La discussion sera enregistrée et diffusée sur la web radio p-node. L’idée serait qu’il reste de cette soirée un podcast montrant une polyphonie de futurs. Tout futur bienvenu.e.
Lundi 26 octobre 2026
Judith Michalet (Université Paris 1), Désir décélérationniste et machines utopistes : réaménager l’héritage poststructuraliste
Que penser des approches postcapitalistes qui empruntent une direction "accélérationniste" ? Au sein du large spectre de positionnements accélérationnistes possibles, de la néoréaction raciste au réformisme posthumaniste, ce sont les angles morts de l’accélérationnisme de gauche – selon une expression de Nidal Taïbi – auxquels nous nous intéresserons, notamment l’étonnante proximité que Mark Fisher a pu entretenir avec Nick Land à l’Université de Warwick et que souligne Norman Ajari dans/ Technofascisme : le nouveau rêve de la suprématie blanche/ (2026). Cette intervention aura vocation à interroger la fécondité de la position de Mark Fisher aujourd’hui et à envisager dans quelle mesure une remise en cause de l’héritage poststructuraliste plus profonde que celle qu’il propose n’aurait pas lieu d’être menée. Ne s’agirait-il pas d’amorcer plutôt un tournant décélérationnaliste, allant notamment à contre-courant des appels batailiens à la déterritorialisation illimitée des flux ?
Lundi 2 novembre 2026
Cyril Goulenok (Université Paris 13, Médecin réanimateur), Philosophie du bon usage de l’IA en médecine
La médecine, dans les années à venir, va être bouleversée par l’avènement de l’intelligence artificielle. L’IA est-elle vouée à devenir l’oracle des temps modernes pour le médecin, qui la considérera comme un deus ex machina lui délivrant une vérité numérique ? Les systèmes d’aide à la décision pourraient soulager le médecin du fardeau de la responsabilité. Il y a cependant un piège dans cette main tendue. Envahi par un sentiment d’infériorité face à ses créations plus perfectionnées que lui, il ne pourrait que abdiquer face à la machine. Or, le soin se pense puis s’exécute. Dissocier celui-ci en confiant la pensée à l’IA et l’action au soignant aboutirait à une schizophrénie du care.
En réponse à cette contre-productivité où l’outil domine son utilisateur, la solution pourrait venir d’une approche philosophique pouvant être qualifiée de technosophie. Elle s’inscrit dans une possibilité de réconcilier une médecine se voulant toujours plus performante et la phronesis (prudence) dans l’appréhension des nouvelles technologies. Alors pourra se matérialiser un co-soin conjuguant humain et technologie, une acceptation de nos limites et la construction d’une médecine conviviale, centrée sur le bien commun.
Cette communication s’articule autour du livre qui vient juste de paraître : Du bon usage de l’IA en médecine, aux éditions PUF.
LLCP EA 4008 | Université Paris 8
Institut Universitaire de France