Séminaire d’Alain Badiou (2013-2014)
L’immanence des vérités (2)
Argument :
L’année dernière, nous avons principalement établi :
1. Que « immanence des vérités » veut à la fois dire que les vérités ne sont pas transcendantes, étant des constructions internes à des mondes déterminés ; et qu’il importe, pour répondre à la seule question philosophique importante, nommément « qu’est-ce que vivre ? », d’expérimenter ce que peut être un monde déterminé examiné depuis le processus d’une vérité, en immanence à une vérité, que celle-ci soit politique, amoureuse, scientifique ou artistique.
2. Ainsi, la réponse formelle à la question « qu’est-ce que vivre ? » est qu’il importe de participer à un Sujet immanent au processus d’une vérité, processus lui-même immanent à un monde déterminé.
3. La vraie vie est donc d’être immanent à une immanence, et c’est précisément pourquoi elle rencontre une certaine forme d’éternité, non pas hors du temps, mais au contraire par un creusement extrêmement profond du temps : « Nous expérimentons que nous sommes éternels » (Spinoza).
4. Nous avons vu que l’obstacle principal rencontré sur ce chemin, le noyau des pratiques répressives qui contraignent à ignorer les réponses à la question « qu’est-ce que vivre ? », est l’idéologie multiforme de la finitude de la vie. Ce qui est naturel, tout processus de vérité étant virtuellement infini.
5.Nous avons donc exploré le labyrinthe des différentes formes que revêt le couple fini/infini, nous servant pour ce faire de rudiments mathématiques et de percées poétiques.
L’année qui vient, nous continuerons cette investigation en nous situant cette fois non plus principalement du côté des obstacles et des répressions, mais du côté de l’immanence elle-même. Nous chercherons dans quelles ressources puise l’animal humain pour découvrir en lui, non seulement la capacité dont le dogme de la finitude nie l’existence – la capacité à outrepasser les limites du monde, ou encore la capacité à possibiliser l’impossible —, mais aussi le pouvoir de vivre le monde, non pas selon les lois du monde, mais selon les lois qui devraient être celles du monde dès lors qu’on l’examine à partir de l’immanence à une vérité immanente. Autrement dit : vivre le monde, non en tant que l’individu qu’on est, mais en tant que le Sujet qu’on peut devenir.
Un lundi par mois, 20h
Dates des séances : 9 octobre, 6 novembre, 18 décembre 2013, 22 janvier, 12 février, 12 mars, 30 avril, 21 mai, 11 juin 2014 au théâtre de la Commune à Aubervilliers.
Théâtre de la Commune
2, rue Édouard Poisson – Aubervilliers