WILHELM Perrine 9.11.2026

UNIVERSITÉ PARIS 8
2, rue de la Liberté 93526 Saint-Denis cedex 02
Bureau des thèses MR2 - A3-326 – 3 ème étage
Mme Martine Tran

AVIS DE SOUTENANCE DE DOCTORAT
(Arrêté ministériel du 25 Mai 2016)
Ecole doctorale « Pratiques et théories du sens »
Discipline : Philosophie

 

Madame Perrine WILHELM
Titre de la thèse :
Günther Anders, critique de la culture - anthropologie, langage, imagination

 

Membres du jruy :
Mme Michèle Cohen-Halimi, directrice de thèse
M. Bruce Bégout, président du jury
M. Olivier Agard, rapporteur
M. Laurent Perreau, rapporteur
Mme Stephanie Baumann

Date et lieu prévus :
Lundi 9 novembre 2026, de 14h à 18h30
Salle 8/9 Lubeck | Institut Goethe
17 Av. d’Iéna, 75016 Paris

La soutenance est publique.

Résumé :
Ce travail de thèse porte sur la cohérence de la philosophie de Günther Anders, depuis ses premiers écrits d’anthropologie philosophique et de phénoménologie dans les années 1920-1930, jusqu’à ce qu’il appelle lui-même l’« anthropologie philosophique à l’époque de la technocratie » dans le tome 1 de L’Obsolescence de l’homme en 1956. Cette recherche fait l’hypothèse que c’est dans ses manuscrits de Philosophie de la Culture [Kulturphilosophie], écrits dans les années 1940 pendant son exil aux États-Unis, que l’on peut trouver cette cohérence. Anders y crée sa propre tradition de critique de la culture et entame une réflexion sur la production industrielle des « biens culturels » qui le place directement au cœur des débats des premiers membres de l’Institut de recherche sociale. La culture du monde technicien est ainsi ce qui, selon Anders, se retourne en barbarie, entendue comme le moment où l’humain n’est plus à la hauteur de ce qu’il a produit, où il est dans une situation de « décalage prométhéen ». Cette thèse permet ainsi de comprendre comment la modernité technologique, c’est-à-dire l’état du monde technicien engendré aussi bien par l’invention de l’arme atomique que par la société conformiste des médias de masse, a rendu l’humain obsolète. Elle met en évidence les catégories anthropologiques fondamentales subverties par cette modernité – et en premier lieu le concept anthropologique d’« extranéité au monde [Weltfremdheit] » par lequel Anders pense la liberté. Ce travail s’attache également à replacer la philosophie andersienne dans son contexte allemand, entre phénoménologie et anthropologie philosophique. Anders pense l’être humain « en situation » (concept qu’il emprunte à Max Scheler), comme un « animal élargi » s’opposant à la fois à l’ego husserlien et au Dasein heideggérien. Plutôt qu’opposer nature et culture, Anders refuse le dualisme en pluralisant ces concepts. Il développe une philosophie des mises en culture [Kultivierungen] plurielles des sociétés humaines, mais aussi de la diversité des vivants. Suivant les traces d’Helmuth Plessner, il pense une continuité des vivants selon leur degré d’extranéité au monde. En ancrant la philosophie de l’être humain dans le corps, Anders développe une philosophie du langage singulière. En dernier lieu, cette philosophie du corps donne toute son importance à l’imagination. Cette faculté joue un rôle central dans notre liberté de nous rendre étrangers à nous-mêmes et à notre situation physiologique. Pour Anders, nous ne pouvons combler le décalage prométhéen qu’en travaillant la plasticité de nos sentiments et de nos facultés. Ces recherches donneront ainsi toute leur importance aux écrits littéraires d’Anders : ses romans, ses fables, mais aussi ses poèmes et ses autofictions.