Colloque. L’art comme figure du bonheur 29.09-1.10.2013

Colloque
L’art comme figure du bonheur

29 septembre 2014 au 1er octobre 2014
Université Paris 8
| Salle B106
2 rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis
Métro ligne 13 – Saint-Denis Université

Organisé par Jacques Poulain et Bruno Cany dans le cadre de la Chaire Unesco de philosophie de la culture et des institutions, sous l’égide du Laboratoire d’études et de recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie de l’Université de Paris 8, avec la collaboration du Centre d’études et de recherches philosophiques de l’Université Omar Bongo de Libreville et du Programme d’études post-graduées en architecture et urbanisme de l’Université Fédérale Fluminense à Rio de Janeiro.

 

L’anthropologie du dialogue a exploré les sources de l’art et de la culture en retraçant la dynamique de la communication à la base de toute expérience. Né un an trop tôt et dépourvu de corrélations héréditaires à l’environnement, l’avorton chronique qu’est l’homme vit au départ un hiatus entre ses appareils sensoriels et ses appareils moteurs. Il ne peut se fixer à un stimulus pour déclencher un programme moteur à la
façon des animaux bien formés et nés à terme. Il a donc dû se fixer au langage en faisant parler le monde pour y retrouver le bonheur pris à l’écoute de la voix de la mère dans l’écoute intra-utérine.
Ce mouvement d’émission et de réception des sons lui permet ainsi de se fixer à des réalités et d’y trouver ce qui l’intéresse et le réjouit dans ces réalités. Mais pour utiliser ses yeux, ses mains et tous les organes de son corps, il n’a pu le faire qu’en projetant dans l’usage des yeux ce mouvement d’émission et de réception propre au langage, prêtant ainsi à ses perceptions visuelles une valeur aussi gratifiante qu’il prête aux sons qu’il reçoit et par lesquels il s’imagine recevoir la parole du monde lui-même. Cet usage du langage a été appelé « prosopopée » par le linguiste W. von Humboldt en 1836 et transféré par l’anthropologie du langage d’A. Gehlen et de F. Kainz dans l’usage de tous les appareils sensoriels et des appareils moteurs : la vision, le toucher, la manipulation des choses, la locomotion sont vécus comme des projections et des réceptions de sensations ressenties comme des gratifications semblables à l’émission-réception des sons.
Distincte de ces expériences motrices et perceptives quotidiennes, l’expérience de l’art trouve sa dynamique spécifique dans la recherche systématique de toutes les expériences du monde, de nous-mêmes et des autres qui nous parlent en nous gratifiant à la façon de la voix de la mère, c’est-à-dire en nous répondant de façon nécessairement favorable. Elle trouve ainsi son paradigme dans la musique, conçue comme art indépendant d’usage des sons et son application, par exemple, dans le théâtre comme art total et vivant. La spécificité de l’art s’est donc apparue elle-même comme telle en se reconnaissant produire les figures du bonheur sans lesquelles l’être humain ne pouvait vivre, sans lesquelles il ne pouvait trouver sens à sa vie. On a découvert simultanément que l’imagination était dialogique et que sa dynamique résidait dans sa création des figures du bonheur guidant le choix des formes de vie dans lesquelles l’être humain peut se reconnaître en s’y reconnaissant aussi heureux qu’il est heureux de se délecter de la beauté d’une œuvre d’art.

Mais depuis la modernité, cette esthétique du bonheur semble se réduire à l’esthétique du beau et le jugement esthétique offre le modèle de sensibilisation et de réalisation de la raison comme faculté de désirer supérieure. L’art y est présumé présenter la figuration du désir et du bonheur qui appelle irrésistiblement l’identification à elle des individus qui la produisent et en reconnaissent la beauté du seul fait que cette figuration anticipe la satisfaction qu’ils ne peuvent pas ne pas désirer en obtenir. Cette réduction a donné lieu à un usage pragmatique des arts adaptant le moyen de figuration esthétique au seul but de la production de la jouissance esthétique et de sa réception comme telle.

Appréhendée comme pouvoir de réaliser l’idée en s’en faisant affecter, la magie artistique, devenue modèle de l’expérimentation de l’être humain par lui-même, prétend au rôle d’émancipation créative des sujets par eux-mêmes ? Mais n’affronte t-elle pas le même autisme que l’expérimentation
par le consensus ? Pour y répondre, ce colloque entend comparer les usages de l’art dans le sacré avec l’utilisation pragmatique de la dynamique de gratification d’émission-réception par différents arts contemporains.