12e Colloque philosophique des Semaines de l’Amérique Latine et des Caraïbe
Vivre dans une époque d’élimination violente, systématique et planifiée des solutions ?
Paris – 1, 2 et 3 juin 2026
Université Paris Cité
Halle aux farines. 10, rue Françoise Dolto – 75013 Paris (Métro/RER Bibliothèque François Mitterrand)
Maison de l’Amérique Latine
217, Boulevard Saint-Germain – 75007 Paris (Métro Solférino)
Co-organisé par : LLCP Université Paris 8, LCSP Université Paris Cité, IHEAL Paris Sorbonne, Les dialogues philosophiques de la Maison de l’Amérique Latine, RIPC (FMSH), GID Académie des Sciences, CIPh Paris, CAREF-Université de Picardie Jules Verne
Plus encore que le précédent, notre siècle tourne-t-il le dos à l’avenir, tel l’Angelus Novus de Paul Klee ? Qu’est-ce qu’un caractère destructeur ? Selon Walter Benjamin en 1931, pour lui, rien n’est durable, et c’est pour cette raison qu’il voit partout des chemins qu’il faut déblayer, qu’il est toujours à la croisée de ces chemins sans connaître jamais le suivant, et qu’il démolit ce qui existe, non pour l’amour des décombres, mais pour celui des chemins qui les traversent. Freud à la même époque assigne à l’humanité d’être son propre fossoyeur dans la mesure où l’instinct de mort est à l’œuvre dans les comportements agressifs destructeurs de la vie en commun, il se demande si le progrès de la civilisation saura dominer les perturbations apportées à cette vie par les pulsions humaines d’agression et d’autodestruction, et écrit : « Nous découvrons avec surprise que le progrès a conclu un pacte avec la barbarie ». Le vingt et unième siècle est-il différent, et en quoi, de celui qui l’a précédé ?
Si le siècle qui s’annonce est plus que jamais celui où la violence tue toutes les solutions, et celui des guerres qui ne disent pas leur nom (déplacements de population, répression contre les migrants, projets d’annexion, « opérations spéciales », massacres, tendances génocidaires contre les féminismes et les minorités sexuelles, etc…), y a-t-il place pour autre chose que la résignation ? Évoquant en 2003 la guerre anglo-américaine en Irak, légitimée par le mensonge que le régime détenait des armes de destruction massive mettant en danger les nations occidentales, Rancière montrait que ce n’est pas l’insécurité éprouvée qui rendait la guerre inéluctable, mais que celle-ci était nécessaire pour imposer l’insécurité : « parce que la gestion de l’insécurité est le mode de fonctionnement adéquat de nos sociétés-États consensuels ».
Pour Georges Canguilhem, évoquant la nouvelle de Franz Kafka Le Terrier, si la conscience du danger est sans fond, la réplique au danger est sans fin : « Le danger de la situation réside en ceci que la recherche incessante par le partenaire des moyens d’écarter le danger, rendant manifeste aux autres la conscience qu’il a de son insécurité, les excite à redoubler eux-mêmes d’efforts pour se placer en position de force (…). Rien ne confère l’assurance contre le danger d’être un jour en danger » (OCVI p. 803).
Comment dès lors peut apparaître dans notre époque ce qui dans l’histoire échappe à l’histoire : l’instant, la fracture, le déchirement, le soulèvement, soit le mouvement par lequel un homme seul, un groupe, une minorité ou un peuple entier dit : « Je n’obéis plus » ? Toute autre chose qu’une révolution qui s’organiserait selon toute une économie intérieure au temps, avec des conditions, des promesses, des nécessités, mais une autre compréhension de ce qui est à faire qui, hors toute spéculation sur l’avenir, « coupant le temps, dresserait les hommes à la verticale de leur terre et de leur humanité (Foucault) ». Soit une désobéissance aux normes insidieuses et intériorisées des institutions, disruptive, quotidienne, discrète et obstinée, qui rende parole et visibilité aux solutions muettes que le siècle semble vouloir enterrer.
Comité d’organisation : Gisele Amaya Dal Bo, Francesca Belviso, Alejandro Bilbao, Jean-Jacques Cadet, Julio Canhada, Gustavo Celedón, Felipe Ceppas, Gustavo Chataignier, Alexis Chausovsky, Michèle Cohen-Halimi, Maurizio Coppola, Fedra Cuestas, Marie Cuillerai, Sameh Dellaï, Guadalupe Deza, Rodrigo Díaz Maldonado, Elena Donato, Stéphane Douailler, Louise Ferté, Jean-René Garcia, Baptiste Gillier, Claudia Gutiérrez, Anne Kupiec, Guillaume Leblanc, Laura Llevadot, Luz María Lozano, Martin Macias Sorondo, Maia Minnaert, Pierre-François Moreau, Inés Molina Navea, Francisco Naishtat, Bertrand Ogilvie, Mariano Paz, Natalia Prunes, Silvana Rabinovich, Renzo Ragghianti, Lucie Rey, Mercedes Risco, Federico Rodríguez, Alfredo Sánchez Santiago, Diogo Sardinha, Senda Sferco, Lorena Souyris Oporto, Patrick Vauday, Francisco Verardi Boca, Patrice Vermeren, Pauline Vermeren, Susana Villavicencio, Ricardo Viscardi, Agostina Weler.
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