Colloque international. SALC 2024. Les outrecuidances de la raison 27-29.05.2024

Semaines de l’Amérique latine et des Caraïbes 2024
Colloque international de philosophie
Les outrecuidances de la raison
27-29 mai 2024

Maison de l’Amérique latine
217 Bd. Saint-Germain, 75007 Paris (M° Solférino)
Université Paris Cité – Amphi 580f (Halle aux Farines)
10, 16 rue Françoise Dolto, 75013 Paris (M° Bibliothèque François Mitterand)

 

Un thème récurrent dans la philosophie de François Châtelet, celui de l’« outrecuidance » de la Raison, avec un grand R et les grands airs qu’elle se donne pour du haut de son tribunal universel trancher et juger de tout, de science (la vérité), de morale (le bien), de droit (le juste), de religion (la croyance), d’esthétique (le beau), et quoi encore… À la différence de l’outrance qui passe outre la limite de ses forces et donne dans la démesure (forcer le trait, mener une guerre à outrance), l’outrecuidance est avant tout affaire non pas de fait, mais de droit, d’un droit qu’on s’arroge pour juger et disqualifier d’autorité, c’est-à-dire sans appel, des croyances, des conduites, des sensibilités, comme si elles étaient toutes justiciables d’une mesure univoque et incontestable. Telle est la démesure de la mesure de la Raison dont s’autorisent les « outrecuidants » (« du leader de groupuscule au président des États-Unis, du psychiatre au P.-D.G ») et les « outrecuidances » (« la Science, la Classe ouvrière, la Patrie, le Progrès, la Santé, la Sécurité, la Démocratie, le Socialisme… ») pour soumettre les vies minuscules à l’ordre de leur pouvoir majuscule. Pour autant, comme le démontre Deleuze dans l’admirable conférence qu’il lui a consacrée, son diagnostic de l’irrationalité de la Raison ne fait pas le moins du monde de Châtelet un irrationaliste, tout au contraire c’est pour opposer à l’hypostase d’une Raison transcendante en surplomb de tous les champs du savoir et de l’expérience la pluralité des processus de rationalisation permettant d’inventer au cas par cas, dans l’immanence, des rapports de compossibilité entre des matières et des pratiques hétérogènes : « comprenons, écrit Deleuze, que la raison n’est pas une faculté, mais un processus (…). Il y a un pluralisme de la raison, parce que nous n’avons aucun motif pour penser la matière ni l’acte comme uniques ». La raison n’est pas une faculté légiférante ni un tribunal qui soumet à ses lois, c’est une puissance active, une façon de faire avec la diversité de ce qui se présente pour rendre vivable la vie ; ni instance de contrôle ni pôle d’unification, elle est instituante, diversifiante et différenciante.
Près de cinquante années plus tard, le diagnostic de Châtelet repris à son compte par Deleuze reste-t-il d’actualité ? Faut-il seulement l’actualiser à la recherche des nouvelles outrecuidances du XXIe siècle ? Faut-il le déplacer, l’amender, voire lui substituer un autre diagnostic ? Dans tous les cas, il est question de détecter de quoi est fait notre présent, ce qui s’y présente de nouveau, comme des tonalités, des rythmes et des allures qui vont se répétant et font sa différence. Un premier constat s’impose, les idoles fustigées en son temps par Châtelet sont tombées ou sont mises à mal, méfiance envers les sciences, remise en cause du progrès, minoration, voire pour certains disparition de la classe ouvrière, patries supplantées par l’Europe, administration de la santé contestée (refus de la vaccination), démocratie malmenée, socialisme en berne, etc. ; seule subsiste, érigée en totem par les forces réactionnaires, la Sécurité. En résulte un tableau contrasté. D’un côté, montée de l’irrationalisme anti-science (sciences dures et sciences humaines), accès de complotisme à la moindre occasion, expansion des fondamentalismes religieux, exacerbations identitaires, d’un autre côté, invention de nouveaux processus de rationalisation touchant la société civile et particulièrement le genre, la sexualité, la famille et le patriarcat, mais aussi les rapports à la terre et aux animaux, inventions de nouveaux genre de vie, de nouveaux modes de production tendant à la frugalité. Quant aux fringants « outrecuidants » du temps présent, ils s’appellent, entre autres, influenceurs-influenceuses, libéraux à tout crin, coachs de vie, anti-wokes, etc...
Si du diagnostic de Châtelet et Deleuze reste prégnant le « tout est politique », compris la sphère privée et le plus intime, le rapport aux autres, aux altérités, à soi-même, il est à réinterroger à l’aune du plus grand changement intervenu dans le cours des sociétés et des vies, le règne planétaire de l’internet, de la Toile et des réseaux sociaux. La résultante en est une nouvelle économie mondialisée de l’espace et du temps caractérisée par l’enchevêtrement du local et du global dont la crise climatique et écologique est à la fois un révélateur et un accélérateur (Dipesh Chakrabarty). Quelle est la bonne focale pour appréhender et tenir ensemble le plus lointain et le plus proche, le réchauffement planétaire et une zone à défendre (ZAD) ? Comment accorder le heurt des temporalités entre Sud global et Nord dominateur ? Comment résister à la mondialisation computationnelle des flux où se dissolvent les singularités (« la société liquide » de Zygmunt Bauman). Peut-être, en privilégiant les relations de voisinage, à condition d’entendre le voisinage au-delà de la proximité géographique ou culturelle, les voisins n’étant pas tant ceux qui nous ressemblent que ceux dont les expériences différentes, éventuellement éloignées dans le temps et l’espace, peuvent aider à éclairer les problèmes de notre présent, quelque chose comme un tiers inclus et un regard de biais.

 

 

Organisé par : LLCP (Université Paris 8), LCSP (Université Paris Cité), IRIS (Université Sorbonne Paris Nord), IHEAL (Université Paris Nord), séminaire Les Dialogues Philosophiques de la Maison de l’Amérique Latine, RIPC (FMSH) à la Maison de l’Amérique Latine (Amphithéâtre) et à l’Université Paris Cité (salle des thèses).

Avec le soutien de : Collège International de Philosophie, Université de Picardie Jules Verne, Institut Gino Germani de l’Université de Buenos Aires, Université du Chili, Université de Los Lagos, Université de Valparaiso, Université de la République en Uruguay, Institut français de Séville.

Comité d’organisation : Gisele Amaya Dal Bó, Alejandro Bilbao, Julio Canhada, Maurizio Coppola, Fedra Cuestas, Marie Cuillerai, Guadalupe Deza, Stéphane Douailler, Baptiste Gillier, Claudia Gutierrez, Martín Macías Sorondo, Maia Minnaert, Inés Molina Navea, Francisco Naishtat, Bertrand Ogilvie, Diogo Sardinha, Patrick Vauday, Patrice Vermeren, Agostina Weler.

Participent à ce Colloque : Sebastian Agudelo, Javier Agüero Aguila, Julie Alfonsi, Daniel Alvaro, Gisele Amaya Dal Bó, Mimose André, Carolina Avalos, Mariela Avila, Francesca Belviso, Alejandro Bilbao, Alma Bolón, Amalia Boyer, Laura Brondino, Jean-Jacques Cadet, Julio Canhada, Bruno Cany, Jordi Carmona Hurtado, Carla Carmona Escalera, Gustavo Celedón, Filipe Ceppas, Gustavo Chataigner, Alexis Chausovsky, Lakhdar Chennaf, Maurizio Coppola, Marc Crépon, Fedra Cuestas, Marie Cuillerai, Jorge Davila, Fernando de Almeida Silveira, Sameh Dellaï, Joana Desplat-Roger, Guadalupe Deza, Elena Donato, Stéphane Douailler, Yves Duroux, Sara Fadabini, Louise Ferté, Alessandro di Lima Francisco, Griselda Gaiada, Marcos García de la Huerta Izquierdo, Michèle Gendreau-Massaloux, Baptiste Gillier, Francisco Gordillo, Maria Beatriz Greco, Claudia Gutierrez, Béatrice Han, Rada Ivekovic, Sebastian Kock, Anne Kupiec, Guillaume le Blanc, Luc Leguerinel, Georges Lomné, Luz Maria Lozano, Martín Macías Sorondo, Nicole Mathieu, Maia Minnaert, Inés Molina Navea, Pierre-François Moreau, Francisco Naishtat, Bertrand Ogilvie, Alain-Patrick Olivier, Jean Herold Paul, Ana Paula Penchaszadeh, Carlos Pérez López, Nathalie Périn, Dalila Pinheiro Silva, Behrang Pourhosseini, Pham Quynchi Chi, Jérémy Rafuse, Mercedes Risco, Federico Rodriguez Gómez, Lidia Rodriguez, Luca Rodríguez, Carlos Ruiz-Schneider, Alfredo Sanchez Santiago, Ana Sanchez, Diogo Sardinha, Carlos Schmerkin, Senda Sferco, Lorena Souyris-Oportot, Patrick Vauday, Francisco Verardi Bocca, Patrice Vermeren, Susana Villavicencio, Ricardo Viscardi, Agostina Weler, Demin Xu, Barbara Zauli.

 

 

Colloque international de philosophie dans le cadre de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes « Les outrecuidances de la raison ».
Adresse de contact : colloquedephilosophiesalc@gmail.com.