9ème Colloque international de philosophie des Semaines de l’Amérique latine et des Caraïbes
L’avenir de la négation
30 mai, 31 mai, et 1er juin 2023
30 mai : Maison de l’Amérique Latine – Amphithéâtre
217 Bd Saint-Germain, 75007 Paris (Métro : Solférino)
31 mai et 1er juin : Université Paris Cité – Salle des thèses
Halle aux farines – 10, 16 rue Françoise Dolto, 75013 Paris (RER/Métro : Bibliothèque François-Mitterrand)
Organisé par : LLCP (Université Paris 8), LCSP (Université Paris Cité), IDPS (Université Paris 13), IHEAL (Université Sorbonne Paris-Nord), Les Dialogues philosophiques (LLCP/Maison de l’Amérique latine), RIPC (Fondation Maison des Sciences de l’Homme).
Avec le soutien de : Collège International de Philosophie, Institut Gino Germani-Université de Buenos Aires (Argentine), Université du Chili (Chili), Université de Los Lagos (Chili), Université de Valparaiso (Chili), Université de la Républicà (Uruguay), Institut français à Séville (Espagne).
Il n’est pas inutile peut-être, au moment d’inaugurer une nouvelle page de ces recherches intercontinentales sur les conditions d’une transformation du monde tant dans ses dimensions politiques et économiques que dans ses dimensions mentales, psychiques et intellectuelles, de se demander si nous les entreprenons aujourd’hui dans les mêmes conditions qu’hier ou qu’il y a peu, tant le sentiment général est qu’une configuration nouvelle de l’ordre du monde se dessine, non sous la forme d’une irruption subite mais comme la figure qui se révèlerait peu à peu d’une mutation souterrainement à l’oeuvre depuis longtemps. Et si c’est l’histoire et ses luttes qui autrefois donnaient le ton et formaient comme la toile de fond (comme une épistémé), de tout réflexion possible, ordonnant jusqu’à la forme même de toute philosophie, il semble aujourd’hui que d’autres figures nous dominent ou nous déterminent et s’imposent à nous et en nous comme des questions, des passages incontournables, impliquant d’autres régimes d’historicité, d’autres rapports au temps et au récit. Le rapport entre les sexes et les genres, le devenir de ce qu’on appelait autrefois la nature et qui se révèle d’une complexité autrement plus redoutable que cette aimable entité, plus généralement l’intrication serrée de ce qu’on croyait jusque-là relativement indépendant ou dans une relation de voisinage toujours à penser au futur : les rapports entre la violence des fonctionnements sociaux et les formes de subjectivité qui les appréhendent, les jugent, les méconnaissent, les dénient ou leur donnent accès à la visibilité jusqu’à des niveaux de déterminations encore insoupçonnés.
Si la réhabilitation du négatif a pu apparaître comme une tâche philosophique à la hauteur du monde moderne et contemporain, il n’en va plus aussi simplement ainsi.
La perspective dessinée par Adorno dans Dialectique négative a certes libéré la négation d’un destin tout tracé conduisant à son dépassement et a donné son ampleur à ce que Hegel avait déjà pressenti de la nécessité de se plier à la « patience du concept » pour s’attarder dans les méandres de la négativité sans se hâter d’en sortir. C’est une telle patience qui nous amène peut-être aujourd’hui à reconnaître des formes multiples de négation ou de négativité, qui ne vont pas toutes dans le sens d’une révolte inspirée par la justice mais qui, s’appuyant sur des interprétations divergentes et antagonistes de « l’ordre établi », laissent apparaître des formes inversées de révolte contre ce que l’idée d’égalité avait pu produire dans l’histoire, depuis le XVIIIème siècle, comme déplacements institutionnels, fussent-ils de compromis, comme ce qu’on a appelé les « démocraties bourgeoises ». Le refus de cette généralisation de la reconnaissance des « droits de l’homme », au profit d’une revendication des identités particulières et d’un amour passionnel de la hiérarchie domine tout le XXème siècle et s’étend encore au XXIème siècle sous la forme d’une vague internationale de « négations brunes » : ne faut-il pas y voir une figure « catastrophique » de la négation qui nous oblige à penser autrement à la fois sa signification et les moyens de lui faire obstacle. Si la négation n’est plus « bonne en soi », vecteur naturel de la saine violence qui renverse les pouvoirs, mais si elle peut être aussi la force autodestructrice qui fait de la mort un horizon politique souhaitable, peut-être alors faut-il penser l’action politique en terme de bifurcation, d’interruption, de changement de terrain. Toute la portée de l’utopie, telle que Miguel Abensour en a redessiné la forme subversive bien au-delà de la simple opposition, apparaît alors comme recherche de catégories de pensée et de conditions de possibilité du visible et du pensable dans un ailleurs qui n’est pas simplement la négation du vieux monde. Les luttes des femmes, la réapparition des populations invisibilisées sous le masque de l’esclavage, la prise en compte de la dimension environnementale de toute politique ne sont peut-être pas de simples négations de l’ordre patriarcal, raciste ou productiviste mais des positions qui nécessiteraient pour se déployer de passer par d’autres moyens de penser et d’agir que ceux qui formaient l’horizon de l’ordre politique traditionnel. L’obsolescence de l’idée de progrès, de toute philosophie de l’histoire continuiste et linéaire, de toute confiance en la valeur de la croyance en général, doit-elle nous amener, comme le soutient par exemple Tim Ingold, à renoncer à la ligne droite pour retrouver les vertus de la ligne sinueuse qui ne craint pas de laisser le réel faire irruption pour nous imposer d’être plus que jamais radicalement inventifs ?
Comité d’organisation : Julie Alfonsi, Daniel Alvaro, Gisèle Amaya Dal Bó, Mimose André, Alejandro Bilbao, Alma Bolón, Amalia Boyer, Jean-Jacques Cadet, Gustavo Celedón, Filipe Ceppas, Gustavo Chataigner, Alexis Chausovsky, Michèle Cohen-Halimi, Olivier Compagnon, Maurizio Coppola, Martín Cortés, Fedra Cuestas, Luis Dapelo, Jorge Davila, Marie Cuillera, Rachid Dehdouh, Guadalupe Deza, Rodrigo Díaz Maldonado, Elena Donato, Stéphane Douailler, Elias Emir Perez, Alicia Farinati, Graciela Ferras, Louise Ferté, Alessandro de Lima Francisco, Griselda Gaiada, Jean-René Garcia, Obed Frausto Gatica, Marco García de la Huerta, Baptiste Gillier, Marie Grangeon-Mazat, Claudia Gutierrez, Xabier Insausti, Diego Julien, Yala Kisukidi, Anne Kupiec, Guillaume Le Blanc, Luz Maria Lozano, Laura Llevadot, Georges Lomné, Martín Macías Sorondo, Maia Minnaert, Inés Molina Navea, Teresa Montealegre, Angélica Montes, Sabrina Moran, Didier Moreau, Pierre-François Moreau, Francisco Naishtat, Soledad Nívoli, Bertrand Ogilvie, Alain-Patrick Olivier, Ana Paula Penchaszadeh, Carlos Pérez, Elen Pimentel, Behrang Pourhosseini, Silvana Rabinovich, Marcelo Raffin, Jeremy Rafuse, Renzo Ragghianti, Matthieu Renault, Facundo Reyna, Jordi Riba, Federico Rodríguez, Mercedes Risco, Gabriela Rodriguez, Lidia Rodríguez, Denis Rolland, Carlos Ruiz-Schneider, Diogo Sardhina, Carlos Schmerkin, Senda Sferco, Dalila Silva, Jonas Tabacof Waks, Silvana Totora, Fathi Triki, Serpil Tunc, Nelson Vallejo-Gomez, Patrick Vauday, Francisco Verardi Bocca, Patrice Vermeren, Pauline Vermeren, Pablo Vialat, Susana Villavicencio, Ricardo Viscardi, Agostina Weler, José Eduardo Wesfred, Barbara Zauli.
Adresse de contact : guadalupedeza@gmail.com.