Journées d’études
Jacques Rancière et la politique
6 et 7 décembre 2013
Organisatrices : Antonia Birnbaum (LLCP-Paris 8) et Julia Christ (CActuS / ANR DFG)
Rancière construit le concept d’égalité à partir des confrontations avec les tumultes politiques des années 60 à 80, ainsi qu’avec les discours qui les informent. L’enjeu de ces journées est d’interroger ces nouages de l’émancipation intellectuelle, sociale, politique à nouveaux frais. Il s’agit de défaire la « systématisation » qu’a connue cette articulation dans La Mésentente, avec le concept de « part des sans-part ». Il s’agit aussi de redéployer les problèmes que recouvre le commun de l’art et de la politique, désigné par le nom de « partage du sensible ». D’où l’insistance sur le corpus qui précède ce livre, La Nuit des prolétaires, Le Maître Ignorant, Aux bords du Politique, même si cela n’empêche bien sûr nullement de problématiser les textes ultérieurs. Une attention particulière est accordée aux rapports (explicites ou non) avec d’autres pensées.
Chez Rancière, la théorie elle-même est toujours immanente à une division. Ainsi, le concept de « part des sans-part », intervient comme le mécompte qui déstabilise l’appropriation philosophique du politique, qui rend impossible sa détermination essentielle. A ce titre, il se charge d’une formulation conjoncturelle spécifique, celle d’une critique de la complexion idéologique de la philosophie, sous une forme différente de celle énoncée dans La Leçon d’Althusser, en prise avec le supposé « retour » post-89 de la philosophie politique. Et comme ce « retour » consonne avec une transformation de l’ordre policier, lequel dans les pays du « premier monde » vise à exclure la dimension conflictuelle, à détruire les lieux où l’égalité et l’inégalité se rencontrent, où l’intelligence du capital et du travail se confrontent, cela signifierait que chez Rancière, la théorisation de l’égalité intervient au lieu d’une défaite.
Reste alors à rouvrir un certain nombre de questions pour en cerner les enjeux.
– Le terme d’égalité n’est explicité comme tel chez Rancière qu’à partir du moment où il se détache du nom ouvrier, où s’estompe la dimension de classe de l’émancipation.
Le concept d’égalité peut-il porter à lui seul la charge conflictuelle de la politique ?
– Que signifie « vérifier » l’égalité politiquement ? Peut-on penser une discorde qui se jouerait au sein même de la communauté des égaux, ou est-on condamné à proclamer le « nous endoconsistant » qui vérifie la discorde entre langage commun et langage de la police ?
– Peut-on formuler des partages plus restreints que celui du « partage du sensible », qui ne seraient assimilables ni au litige, ni au jeu de l’esthétique, mais qui relèveraient d’une ascèse corporelle telle que celle esquissée par Gauny, ou du surrationalisme plébéien lié à une « idée de la communauté éthique projetée dans une stylisation de la vie individuelle » (ainsi Rancière), bref de partages qui relèveraient d’une incorporation des forces de la pensée ?
– Que se passe-t-il dans le report de la logique émancipatrice vers l’art ?
– Quelle charge spécifique apportent les personnages peuplant la pensée de Rancière, les rencontres qui déplacent sa pensée, et qui ont donné lieu à La Nuit des prolétaires ?
Programme
Vendredi 6 décembre 2014
Archives nationales, Auditorium
59 rue Guynemer, 93383 Pierrefitte-sur-Seine
(à deux pas de l’Université Paris 8)
12h-12h15 : Pause
13h15-14h30 : déjeuner
16h30-16h45 Pause
16h45-17h45 | Julia Christ : La théorie, contrefaçon ou contre-discours de la société ?
Samedi 7 décembre 2014
Université Paris 8, Bâtiment D, Amphi D002
2 rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis
10h30-11h30 | Jacques-Oliver Bégot : De quoi l’esthétique est-elle la promesse ? Rancière, Schiller, Adorno
11h30-11h45 : Pause
11h45-12h45 | Antonia Birnbaum : Comment un savoir se transmet qui ne s’enseigne pas ?
12h45-13h00 | Julia Christ : Clôture