Valentin NORMAND

Discipline : Philosophie

Sujet de thèse : L’esthétique chez Nietzsche au service de l’affirmation de la vie

Année d’inscription en thèse : 2017

Directeur/trice(s) de recherche : Bruno Cany

Contact : normand.valentin2@gmail.com

 


 

Résumé du sujet de la thèse : Si la critique nietzschéenne de la raison et de l’être est bien connue, son pendant, la tentative de l’élaboration d’une pensée de l’art et du devenir est peu examinée, comme si la philosophie n’avait qu’à considérer sa critique pour mieux y répondre. Or, si Nietzsche dénonce l’être c’est bien pour affirmer le devenir, et s’il récuse les moyens de la raison, c’est bien pour penser avec ceux de l’art. Il nous ne faut donc pas laisser ce deuxième segment de la pensée nietzschéenne sans analyse approfondie et ce c’est ce que nous nous proposons de faire. Déjà de nombreux éléments ont été dégagés des oeuvres publiées notamment avec la figure du philosophe-artiste, penseur qui maintient le logos de la philosophie avec le mythos de l’art, rejetant la prépondérance d’une forme de discours sur l’autre puisque considérant que l’appréhension du monde se doit d’être multiple, hétérogène. Cette figure, dont Nietzsche serait le père, a pris beaucoup d’importance au XXe siècle avec des penseurs comme Antonin Artaud et serait la résolution de ce problème de sortie de l’option ontologique : quitter les catégories de la philosophie en tant qu’ontologie qui ne fait qu’exhumer des spectres vides de tout contenu en n’ayant pour objets que concepts, ou idées, et trouver dans l’art une forme d’appréhension et de discours du devenir, du multiple. De nombreux problèmes se soulèvent à l’évocation de ce philosophe-artiste dont Nietzsche a beaucoup traité avec pour clef de voûte celui de l’esthétique. L’esthétique, ici comprise selon Nietzsche d’une part en tant que théorie de la sensibilité ou appréhension du monde et d’autre part en tant que discours sur le monde, est au coeur de l’antinomie entre être et devenir puisque c’est elle qui détermine notre expérience du monde et ainsi les contenus à partir desquels nous parvenons à penser. Deux esthétiques sont alors pensées par Nietzsche, d’une part une esthétique ontologique aboutissant à la notion problématique de connaissance et une esthétique artiste débarrassée de l’être. D’où proviennent-elles ? Quel est leur mécanisme ? Quels instincts les régissent ? Sont-elles des forces actives ou réactives ? Une grande élaboration débute ici sur ce problème primordial de l’esthétique chez Nietzsche. Nous le comprenons, si faire une théorie de l’esthétique n’a rien de nouveau, Nietzsche s’inspirant d’ailleurs notamment de ses lectures de David Hume et surtout de Kant, sa méthode généalogique est tout à fait singulière, de même que sa tâche, à savoir l’affirmation du devenir et la sortie de l’ontologie, implique une large dimension polémique : il s’agit bien d’un combat. Nous chercherons donc à établir exhaustivement cette théorie de l’esthétique telle qu’on la trouve dans l’oeuvre de Nietzsche et plus particulièrement dans ses Fragments posthumes. En effet, si les oeuvres publiées par Nietzsche ont déjà été étudiées avec soin, et que ce sujet a été traité en s’appuyant sur ces oeuvres, il nous semble que l’immensité des Fragments posthumes s’accorde tout à fait avec l’élaboration que nous rechercherons. Lors de la rédaction du mémoire de master nous nous sommes confrontés à quelques-uns de ses fragments, et les plus célèbres, où nous avons trouvé une source extraordinaire pour notre compréhension des problèmes nietzschéens. La spécificité de ces fragments, nous semble-t-il, est que Nietzsche y déploie largement une architecture sous-jacente à tout le corpus publié : le plus infime et mystique agrégat et les discours les plus rationnels et construits enchaînent chronologiquement et presque de façon biographique la pensée nietzschéenne nous l’éclairant de façon toute spéciale. L’autre intérêt de cette lecture quant au sujet qui nous intéresse est qu’il nous semble que Nietzsche, précisément au nom de sa volonté d’échapper au discours rationnel dans ses oeuvres publiées plus poétiques, y rechigne à développer le mécanisme esthétique à la façon de Kant ou de Hume, rationnellement donc, et que l’on peut donc retrouver dans les textes non publiés. Nous ne méprenons pas pourtant sur le statut de ces fragments : de nombreux textes restent des essais pour Nietzsche et il ne faut pas les lire comme un corpus organisé mais bien en y affichant les contradictions, abandons et évolutions. Et si nous avons un propos, une thèse que l’on voudrait défendre, il ne s’agit pas non plus d’arracher les textes à leurs sens et objectifs pour conformer à ce que nous cherchons. C’est pourquoi la lecture que nous nous proposons est un véritable défi. Il nous faut donc avoir des précautions : une lecture dans la langue originale semble indispensable pour la plus profonde compréhension tout d’abord, et ensuite ne pas figer la pensée nietzschéenne dans un système que l’on établirait à partir de textes de 1880 et ceux de 1890 comme s’il s’agissait d’une même source. Ce projet nous semble très important du fait de l’apparition tardive et du peu de lectures de l’ensemble des Fragments posthumes, comme des Correspondances, tels qu’établis par G.Colli et M.Montinari. Arrivés en France qu’en 1970 grâce notamment à l’action de Gilles Deleuze, de nombreux textes restent encore dans l’ombre et les commentaires sous la coupe de La Volonté de puissance, fausse oeuvre de la soeur de Nietzsche, Elizabeth Förster-Nietzsche. Nous nous attacherons tout d’abord à une lecture attentive de l’ensemble de cette édition en français et allemand tout en prenant en compte les différents commentaires philologiques et éléments biographiques qui peuvent nous aider dans cette lecture. Il nous faudra alors proposer notre compréhension de l’esthétique telle que pensée chez Nietzsche et y examiner les problèmes et solutions qu’elle peut apporter concernant notre thèse de philosophie-artiste.

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