Appel à communications. Colloque. Penser au bord du monde. État des lieux et perspectives de la philosophie de l’environnement 13-15.10.2026
Penser au bord du monde
État des lieux et perspectives de la philosophie de l’environnement
13-14-15 octobre 2026, Paris
Argumentaire :
La philosophie de l’environnement est aujourd’hui traversée par les tensions qui caractérisent notre époque : l’état biophysique de la Terre se dégrade ; les savoirs scientifiques offrent des instruments toujours plus précis pour comprendre les transformations en cours ; et pourtant, les structures de pouvoirs organisant l’appropriation, la destruction et l’exploitation de la nature ne cessent de se renforcer. L’écart croissant entre l’aggravation de la crise écologique, la consolidation des rapports de domination et l’accumulation de connaissances a contribué à renforcer la fragmentation de la philosophie de l’environnement : interrogation de la place des humains dans la nature et des relations avec les autres vivants ; étude des concepts et des approches développés par les sciences du vivant, du climat et de la terre ; clarification des enjeux normatifs liés à la prise en charge de la crise écologique par les institutions...
Ce paysage hétéroclite diffère de la constitution de la philosophie de l’environnement dans les années 1970, dont on peut identifier deux sources. Dans le monde anglophone, les éthiques environnementales se sont articulées autour de discussions critiques concernant les relations à la nature et les responsabilités morales et politiques qu’engage la crise environnementale — qu’il s’agisse des propositions écocentristes, de la deep ecology, de l’écoféminisme ou encore du pragmatisme environnemental. Selon les orientations, il s’agissait de refonder la philosophie sur des bases non anthropocentriques, non patriarcales ou de mettre en évidence les contraintes de l’histoire évolutive. Parallèlement, en Europe, un autre foyer de réflexion s’est développé autour de l’analyse critique des sociétés industrielles et des dynamiques techniques. Ces travaux ont interrogé l’autonomisation des systèmes techniciens, les logiques productivistes et les rationalités économiques organisant l’exploitation des milieux ou encore l’ampleur inédite du pouvoir humain sur la planète et les exigences éthiques qu’il implique. Centré sur les infrastructures matérielles de l’existence, les conditions politiques de l’action et les effets systémiques de la technique, ce courant a constitué un second champ majeur pour penser les causes profondes de la crise écologique et les possibilités de sa prise en charge.
Dans l’hétérogénéité du panorama contemporain, il nous semble utile d’ouvrir un espace de discussions pour la philosophie environnementale. C’est dans cette perspective que s’inscrit ce colloque, dont l’objectif est double : proposer un état des lieux de la philosophie de l’environnement francophone, et faire dialoguer les approches, traditions, concepts et méthodes qui la structurent. Il ne s’agit pas seulement de cartographier un espace de réflexion, mais de contribuer à la mise en problème des perspectives qui s’y déploient, en tenant compte également des transformations profondes qui affectent les sciences sociales elles-mêmes sous l’effet des enjeux environnementaux et dudérèglement climatique. Nous proposons ainsi une série de questions, non exhaustive, auxquelles pourraient se confronter les intervenant·es :
1. Quelle est la spécificité de la philosophie de l’environnement au sein de la philosophie et des humanités environnementales ? Des démarches nouvelles, comme la philosophie de terrain ou le dialogue avec des littératures comme la SF ou le « nature writing », invitent à s’interroger plus largement sur un éventuel renouvellement des méthodes philosophiques. Au sein des humanités environnementales, on se demandera également ce qu’apporte spécifiquement la philosophie de l’environnement. Contribue-t-elle surtout à l’histoire environnementale des idées, à la clarification normative des enjeux, à l’élucidation conceptuelle des termes du langage ordinaire ? Doit-on au contraire la penser au sein d’un espace foncièrement « indiscipliné » ouvert par la pensée écologique et les objets-frontières qu’elle fait émerger ? L’enseignement de la philosophie de l’environnement, tant dans le secondaire que dans le supérieur, constitue également un enjeu crucial. La philosophie de l’environnement, contrairement à d’autres domaines mieux établis de la discipline, ne possède qu’un corpus aux frontières poreuses, nécessitant une réflexion collective sur la matière et la méthodologie dans l’enseignement. La constitution d’une nouvelle culture écologique invite à penser l’influence que pourrait avoir la philosophie environnementale au niveau institutionnel et dans les modalités même de formation des savoirs.
2. Comment se réorganisent les relations entre sciences et politique ? Les sciences du climat ont produit un cadrage largement dominant de la manière d’appréhender les transformations planétaires et d’évaluer l’action humaine. La tension entre démocratie et expertise scientifique, la question de l’autorité des sciences dans la définition de seuils et de limites normatives (par exemple celles des « limites planétaires »), les débats autour de la neutralité axiologique, de l’engagement scientifique ou des sciences citoyennes, constituent des enjeux centraux. Par ailleurs, les sciences de la terre, de la vie et du climat entretiennent des rapports complexes avec les structures de pouvoir impliquées dans la crise écologique, comme l’ont montré de nombreux travaux en sciences sociales de l’environnement. Les sciences écologiques sont traversées de rapports de pouvoir de même que les politiques climatiques et mésologiques se nourrissent des apports de certaines sciences de l’environnement. La manière dont les indications descriptives et les implications normatives de la recherche scientifique sont intégrées dans le domaine politique conduit à repenser la démocratie au sein même des relations entre savoirs et pouvoirs.
3. Comment repenser les concepts liés à la « nature » ? Ce qu’on a parfois défini comme un débat entre le naturalisme et l’antinaturalisme a conduit à réévaluer les multiples significations de notions telles que nature, vivant, biodiversité ou milieu. L’expression médiatique de « philosophie du vivant », aussi trompeuse que suggestive, a contribué à réinscrire au cœur de la réflexion les agentivités autres qu’humaines dont la tradition philosophique est largement dépeuplée. Il apparaît donc nécessaire de discuter à nouveaux frais la définition et l’articulation des concepts liés à l’environnement : nature, Terre, vivant, biodiversité, milieu, climat, biosphère, écosystème. Ces notions sont mobilisées dans des terrains discursifs variés, à la frontière entre sciences naturelles et sociales, entre technologies gouvernementales et mouvements collectifs de contestation, ce qui rend nécessaire d’en sonder les différents usages épistémiques et politiques.
4. Comment la crise environnementale reconfigure-t-elle les enjeux d’oppression et d’émancipation ? Les politiques environnementales peuvent accentuer les injustices autant qu’elles peuvent ouvrir des voies d’émancipation. La question des libertés en contexte de rareté en est une formulation possible.
Plus largement, la crise écologique oblige à réévaluer le sens et la portée de tous nos concepts critiques. Que change, dans l’histoire du patriarcat, l’idée que la domination des femmes est liée à celle de la nature ? Que change, dans notre compréhension du capitalisme et de ses transformations, l’idée que les rapports entre capital et travail, l’extraction des ressources, l’impact anthropique sur l’environnement, sont historiquement et constitutivement liés à l’exploitation, sous différentes formes, de tous les vivants ? Que signifie repenser les oppressions raciales à partir de la prise coloniale de la Terre et de la destruction des modes d’habiter ?
Modalités :
Les propositions de communication devront être envoyées à l’adresse suivante : philoenvironnement2026@riseup.net. Elles comporteront le prénom et le nom de l’auteur.ice, son rattachement institutionnel (le cas échéant), son adresse mail, le titre de la communication et un résumé de 500 mots maximum.
Les communications s’effectueront en français. Elles auront une durée de 30 minutes et seront suivies d’une période de 10 minutes d’échange (à confirmer selon le programme).
Les organisateur.ices sont actuellement en train d’effectuer des demandes de subventions pour permettre la prise en charge d’une partie des frais de mission des participant.es qui rencontreraient des difficultés à financer leur déplacement.
Calendrier :
Date limite d’envoi des propositions : 15 mai 2026
Retour sur les propositions : 15 juin 2026
Coordination et organisation scientifique :
Andrea Angelini (LLCP/Univ. Paris-8)
Paul Guillibert (ISJPS/CNRS)
Émilie Hache (Sophiapol/Paris Nanterre)
Virginie Maris (CEFE/CNRS)
Ferhat Taylan (Univ. Bordeaux Montaigne – SPH)
Image d’en-tête : Freepik.
