Jean HEROLD PAUL

Sujet de thèse : La philosophie Kantienne de la connaissance

Date de soutenance de la thèse : 29.11.2019

Résumé de la thèse : L’objectif de ces recherches est d’esquisser une compréhension au « présent » de la philosophie kantienne de la connaissance à la « limite » de l’épistémologie poppérienne. Loin de comparer simplement Kant à Popper, nous entendons par « limite » le fait que ce dernier peut constituer, dans sa proximité avec Thomas Kuhn, une sorte de pont permettant de saisir le clivage historique-analytique et la transformation pragmatique de la philosophie. A cet égard, comprendre Kant au « présent » suppose que nous projetions un regard critique sur les trois crises qui semblaient s’attaquer au fondement même de la Révolution copernicienne : celle de la géométrie euclidienne, celle de la physique newtonienne et celle de la logique d’ascendance aristotélicienne.
Dans la deuxième partie de cette étude, nous avons procédé à une véritable analytique des deux premières crises en montrant, par contraste, comment s’étaient constitués les concepts de champ de Maxwell et d’espace n- dimensionnel de Riemann qui allaient s’imposer dans les théories de la Relativité d’Einstein comme les nouveaux schèmes de compréhension de la nature : si les nouveaux concepts d’espace-temps et de gravitation servaient à tisser une relation inédite entre théorie et expérience qui semblait amener loin de l’Esthétique et de l’Analytique transcendantales, ce sont en revanche les concepts révolutionnaires de la physique quantique qui, en rendant caducs le déterminisme et le réalisme classiques, auraient sonné le glas de la Logique transcendantale.
Un tel diagnostic est analysé, dans la troisième partie, à partir d’une démarche symptomale qui remonte à « l’espace-temps » même d’interrogation du criticisme quant à sa signification fondamentale : épistémologie ou métaphysique ? Loin de s’enliser dans un débat qui apparaît périmé, il s’est imposé au contraire de lire le Débat de Davos (1929), qui opposait M. Heidegger à E. Cassirer, à la lumière du Manifeste du Cercle de Vienne (co- écrit à quelques mois d’intervalle par R. Carnap, H. Hahn et O. Neurath) pour déterminer, dans toute son épaisseur temporelle, un Kant au « présent ». Pour cela, il nous fallait, dans la première partie, définir de façon exhaustive la théorie kantienne de la science dans son « universalité historique » : si Kant est certes un « philosophe newtonien », il importe néanmoins de ne pas confondre la conception de l’espace et du temps intuitifs, subjectifs, a priori et idéaux à celle de l’espace et du temps absolus, vrais et mathématiques. Dans le sillage de J. Vuillemin et de B. Rousset, nous avons établi comment le Schématisme et l’Architectonique constituent deux mouvements solidaires qui définissent un concept « phénoménologique » de connaissance physique selon que l’espace et le temps s’avèrent constitutifs de la vérité transcendantale, et dans cette phénoménologie, fidèle aux Postulats de la pensée empirique en général relatifs à la modalité du jugement, relativité et absoluité spatiales sont « distribuées » suivant l’articulation architectonique des différentes sciences physiques. S’y atteste in fine l’idée d’« épistémologie génétique » (expression proposée par P. Huneman et que les études de M. Lequan et de C. Piché permettent de mieux appréhender) qui ne se départ guère de l’hypothèse cosmologique en dépit de la récusation de la cosmologie rationnelle.
Cela compris, nous nous sommes rendu compte, dans la troisième partie, que l’enjeu de notre enquête n’est pas seulement l’adéquation des philosophèmes kantiens aux théories cosmo-physiques modernes mais aussi le « destin » même de l’épistémologie issue du positivisme logique dont la marque de fabrique est le rejet bolzanien et wittgensteinien des « jugements synthétiques a priori ». Dans cette perspective, force est de remarquer qu’en dépit des efforts du philosophe des formes symboliques, le mouvement du « Zurück zu Kant » semble rejoindre finalement le positivisme logique en amenant à une même impasse bien décrite par J. Poulain : la neutralisation du jugement de vérité, impasse accentuée par la prétention historiciste-dynamique qui, en mobilisant des schèmes peirciens et heideggériens, conduit au relativisme et au scepticisme.
Par conséquent, comprendre Kant au « présent » revient à montrer comment il permet de « redynamiser » le jugement de vérité. Nous n’avons pas cherché à déceler d’éventuels invariants kantiens dans les épistémologies modernes. Au contraire, ce comprendre Kant au présent est saisi dans la référence à Kant non par la manière dont la philosophie se rapporte à son passé, mais par la nécessité pour celle-ci de se constituer dans sa détermination spécifiquement contemporaine.

Contact : pauljeanherold@yahoo.fr

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