Journées d’études internationales. Représentation, (in)capacité et violence 24-25.04.2018

Représentation, (in)capacité et violence :
Penser les « hors » lieux du politique et les conditions de toute (in)capacité des vies (non)soumises à ces espaces

JOURNÉES D’ÉTUDES INTERNATIONALES
24 et 25 avril 2018
MAISON DE LA RECHERCHE DE L’UNIVERSITÉ D’ÉTAT D’HAÏTI
31 rue Babiole (Turgeau) PORT-AU-PRINCE

 

 

 

Axe 2 du laboratoire LADIREP avec le soutien du Vice-Rectorat à la Recherche de l’UEH (Organisme de tutelle), la FOKAL (Organisme subventionnaire), le Laboratoire d’études et de recherches sur les Logiques Contemporaines de la Philosophie (LLCP EA 4008) de l’Université Paris 8 et l’Université Paris 7 Denis Diderot.

 

     

  

  Argumentaire

La (re)présentation et la capacité sont au cœur de toute théorie politique. Elles peuvent se loger de manière explicite ou implicite dans la marge de la théorie ou dans son centre. La représentation ne doit pas s’entendre ici dans le sens de « représentation » d’une chose absente par sa substitution par une autre comme c’est le cas dans la démocratie représentative où le peuple délègue son pouvoir à des représentants pour agir en son nom : le représenter. La représentation devient synonyme d’absence. La (re)présentation doit s’entendre comme mode de constitution et d’identification des groupes d’individus dans l’espace public, dans l’espace politique et dans les espaces culturels. Elle est l’une des conditions de visibilité/d’invisibilité, d’identification, de viabilité (Judith Butler) et de non viabilité pour certains individus/ ou groupes. En ce sens, l’accès aux espaces de représentation pour certaines vies constitue l’une des conditions de viabilité et de lisibilité. Être privé de toute lisibilité sociale, genrée, raciale et culturelle risque de priver ces vies de toute agentivité (agency) ou de puissance d’agir. L’exercice de la capacité les individus constitue l’une des conditions pour l’individu d’avoir une vie viable voire supportable. Car les conditions de vie peuvent se révéler insupportable pour les individus se trouvant insérés dans des rapports sociaux/raciaux et culturels anxiogènes et délétères.

Ces conditions de visibilité peuvent s’entendre aussi comme capacité de se présenter/se porter « hors de soi » pour pouvoir être reconnu, identifié par les autres. Cette tension qui traverse le concept de représentation en fait un concept ambigu, qu’elle (la représentation) renvoie à la fois à cette capacité intrinsèque desdits corps individuels à se faire reconnaître mais aussi à l’aptitude d’un espace politique, culturel, social, à reconnaître la pluralité des formes de vie qui valent la peine d’être reconnue comme vie digne. Cette ambigüité découle du fait que la représentation renvoie à la fois à visibilité et capacité de se présenter/ se porter « hors de soi » … ».

La « (re)présentation » politique, culturelle, publique constitue un lieu et un mode de manifestation et de reconnaissance des corps en tant qu’ils appartiennent à une corporation ou un mode d’individuation particularisé/singularisé. C’est ce qui fait que toute absence de conditions de l’exercice de la capacité de ces vies à travers la reconnaissance de leurs mémoires devient un signe d’a-présence dans l’espace politique ou d’a-présence au monde. L’individu privé de toute forme de présence dans l’espace public est un être relégué par le dispositif politique dans l’ordre des absents parce qu’il est privé des conditions de toute identification comme individu capable. Être (re)présenté, c’est être visible. Être visible, c’est pouvoir se faire entendre et agir. La non représentation (ou a-représentation) doit s’entendre comme la manifestation d’une volonté de rendre invisible. Ainsi, se (re)présenter, c’est aussi se rendre visible par une (contre) performance. D’où le fait que les espaces de (re)présentation soient assimilés à des lieux du politique ou des « hors » lieux du politique.

Qu’est-ce qu’un hors lieu du « politique », de la mémoire, de la visibilité ? Comment est- ce qu’ils se constituent comme tels ? Les lieux dits politiques marquent leur territorialité par rapport à ces « hors » lieux ! Les espaces considérés comme des « hors » lieux du politique peuvent devenir des lieux du politique en tant qu’ils donnent naissance à des scènes où une certaine vie apparait comme lieu de manifestation « d’un commun » en partage et l’exclusion de certaines vies de cet espace de reconnaissance de ce commun. Cette scène d’inclusion et d’exclusion c’est ce que Rancière nomme partage du sensible. Peut-on penser une passerelle entre les deux espaces : les lieux du politique et son envers ? En droit, le hors-lieu est décrété par l’autre : le juge de l’affaire.

La question des absences et des formes de présence de certains corps dans certains lieux du politique ou de la mémoire collective constitue l’un des nœuds de questionnement des sciences humaines, sociales et des luttes politiques. Être absent, c’est être invisible ou être rendu incapable ! Dans certains cas, Trop de présence peut s’entendre tout simplement comme être en situation de sur représentation dans un espace structuré par un archè qui sous-tend une ligne de séparation entre ceux qui appartiennent à l’ordre whiteness et ceux qui sont niés dans leur être par le fait qu’ils sont enfermés dans un espace assimilé à celui du blackness. Dans ce jeu spatial, les corps surdéterminés deviennent les lieux d’incarnation de ces jeux de lumière et d’obscurité. Il n’est pas superflu de se demander dans ces cas de figure : De quoi les « exclus » des lieux du politique, du culturel et de la mémoire du collectif sont-ils exclus lorsqu’ils réclament la réparation du tort subi ?

Les intervenants sont invités à choisir l’un des axes suivants :

  • Axe 1 : comment les lieux nouent (où défont) les identités collectives ou individuelles ?
  • Axe 2 : Comment les espaces esthétiques ou de l’art comme le cinéma, le roman et la peinture peuvent contribuer à l’avènement des scènes dissensuelles en créant des brèches dans l’ordre visuel hégémonique ? Une émancipation par ces espaces est-elle encore possible ?
  • Axe 3 : Qu’est-ce qu’un ethos individuel en dehors des espaces de représentation ? L’émancipation des lieux de représentions peut-elle se faire sans rendre ces vies indignes ?
  • Axe 4 : Comment penser une décolonisation des espaces sans reproduire les présupposés coloniaux ? Comment performer entre les espaces ?

 


 

Comité d’organisation : Jean Waddimir Gustinvil, Edelyn Dorismond, John Picard Byron, Odonel Pierre-Louis, Stéphane Douailler, Seloua Luste Boulbina, Kesler Bien-Aimé, Jerry Michel, James Engé.

Comité scientifique : Jean Waddimir Gustinvil (ENS-UEH, LADIREP), Edelyn Dorismond (CHCL-UEH, LADIREP), Jhon Picard Byron (FE-UEH, LADIREP), Odonel Pierre-Louis (ENS/FE-UEH, LADIREP), Stephane Douailler (Université Paris 8, LLCP – EA 4008), Seloua Luste Boulbina (Université Denis Diderot - Paris7), Lukinson Jean (CHCL/FE-UEH, LADIREP), Sabine Lamour (FASCH-UEH, SOFA), Adler Camilus (FE/ENS-UEH), Sonia Herzbrun (Université Paris7-Denis Diderot, Revue Tumulte), Louis-Rodrigue Thomas (ENS-UEH)

Participants et invités spéciaux

(Par ordre alphabétique)

  • Darline Alexis, Enseignante –chercheuse, ENS-UEH et Quisqueya.
  • Anabel Aguera, Doctorante, Université Paris 8, Laboratoire d’études et de recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie, (LLCP).
  • Mimose André, Doctorante, Université Paris 8, Laboratoire d’études et de recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie, (LLCP).
  • Kesler Bien-Aimé, Chargé de cours à l’UEH, Doctorant, école doctorale SHS de UEH, membre de LADIREP.
  • Seloua Luste Boulbina, Chercheure HDR rattachée à l’ Université Diderot Paris 7, Laboratoire LLC.
  • Claude Calixte, Enseignant-chercheur, ENS-UEH
  • Adler Camilus, Enseignant-chercheur, ENS-UEH
  • Jephthé Carmil, Artiste visuel, Doctorant Université Paris 7 Denis Diderot en codirection avec les Beaux-arts de Nantes, Laboratoire LCSP.
  • Marc-Félix Civil, Gynécologue- obstétricien, Docteur en philosophie et Enseignant-chercheur à la FMP et à la FE et de l’UEH.
  • Edelyn Dorismond, Docteur en philosophie, Enseignant-chercheur à l’UEH, Directeur de Programme au Collège International de Philosophie et responsable de l’Axe 2 de LADIREP.
  • Stéphane Douailler, Professeur émérite du département de philosophie de l’Université de Paris 8 et membre fondateur de son laboratoire de recherche sur les « Logiques contemporaines de la philosophie » (équipe d’accueil LLCP – EA 4008)
  • Jean Odile Etienne, Docteur en Géographie, Enseignant-chercheur, Laboratoire Dynamiques des Mondes Américains (LADMA/ENS), Université d’État D’Haïti, Université Publique de l’Artibonite aux Gonaïves (UPAG), Membre de l’UMR LADYSS, Université Paris 8 Saint Denis
  • Lukinson Jean, Docteur en sociologie, Enseignant-chercheur à la FE de l’UEH et à la FMP, membre du laboratoire LADIREP.
  • Rachel Magloire, Scénariste
  • Jerry Michel, Directeur Technique du Bureau National d’Ethnologie (BNE) Chargé de cours à l’UEH, Doctorant en sociologie en cotutelle à l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis et à l’Université d’État d’Haïti.
  • Odonel Pierre-Louis, Docteur en philosophie politique, Enseignant-chercheur, (ENS/FE), Membre du Laboratoire LADIREP.
  • Jean Marie Theodat, Enseignant-chercheur, ENS-UEH, Responsable du Master en Urbanisme Résilient (URBATer) de la Faculté des sciences de l’UEH, responsable du dossier Migration de l’OBMEC.
  • Louis Rodrigue Thomas, Docteur en philosophie, Enseignant-chercheur, Responsable du Master de philosophie de l’ENS-UEH.

 


 

PROGRAMME

 

Journée 1  : Mardi 24 avril 2018

09:00  : Accueil

09:45  : Propos d’ouverture du responsable scientifiques des JEI, Jean Waddimir Gustinvil

10:20  : Propos du responsable d’Axe, Edelyn Dorismond

10:30 : Propos du Directeur du laboratoire LADIREP, Jhon Picard Byron

10:40  : Propos du vice-recteur à la recherche, Jacques Blaise 

 

 

 

Conférence inaugurale :

  • « Vous avez dit, hors lieux de la politique ! La politique est-elle fragile ? », Edelyn Dorismond

Session 1 - 11:20 - 13 :00 : Liens et représentation dans les lieux - Président : Lenz Jean-François

  • 11:20 : « La violence dans la relation thérapeutique au sein des hôpitaux publics. Esquisse d’une analyse des enjeux de la démocratie sanitaire et du sujet médical autonome en contexte haïtien », Marc-Félix Civil et Lukinson Jean
  • 11:50 : « Se tromper de public cible. Comment les représentations que l’on se fait d’un public cible peuvent induire des erreurs didactiques », Darline Alexis et Louis Rodrigue Thomas
  • 12:20 : Questions et débats

 

 

Session 2 – 14:00 - 15 :40 - Présidente : Darline Alexis

  • 14:00 : « Une réflexion féministe à propos de la problématique postcoloniale », Mimose André
  • 14:15 : « Descartes aux études dé-coloniales et post-coloniales : ma subjectivité (cartésienne) est-elle une menace pour les altérités ? » Claude Calixte
  • 14:30 : « Les filles, sujets présents ou absents dans le système interactionnel éducatif : analyse en classe de mathématiques » Mislor Dexai
  • 14:45 : « Exposition et phobie iconologiques du duvaliérisme dans l’espace public », Kesler BienAimé
  • 15:00 : Questions et débats