Journée d’études. De la guerre à la conflictualité politique 8.11.2019

Journée de Philosophie politique du Laboratoire du Changement Social et Politique – Université Paris-Diderot
— Avec les participations de Georges Navet (LLCP-Paris 8), et de Patrice Vermeren (LLCP-Paris 8)

Amphithéatre Turing, Batiment Sophie-Germain - Université de Paris VII-Denis Diderot, LCSP, 8 place Aurélie Nemours
Paris 13 Gobelins, France (75013)

Vendredi 08 novembre 2019

 

De la guerre à la conflictualité politique

 

La guerre, en tant que problème limite de la philosophie politique, mérite toujours d’être analysée. Ce colloque posera ainsi les questions suivantes : comment la guerre est-elle pensée dans la philosophie politique contemporaine ? Comment penser la conflictualité ? Y a-t-il plusieurs types de conflictualités ou tous les conflits sont-ils, d’une manière ou d’une autre, les déclinaisons d’un seul type de conflit ? Quel statut donner à la violence à partir du moment où l’on pense la conflictualité à l’écart des catégories de la guerre ?

La guerre, en tant que problème limite de la philosophie politique, mérite toujours d’être analysée. Dans son ouvrage de 1834, Clausewitz annonce que « La guerre n’est pas seulement un acte politique, mais un véritable instrument politique, une poursuite des relations politiques, une réalisation de celles-ci par d’autres moyens ». Cette définition classique de la guerre concerne les relations d’Etat à Etat. L’État au sens moderne du terme est né de la guerre interétatique. La symétrie dans et par la guerre constitue l’essentiel du droit interétatique. En tant que source institutionnelle de l’État moderne cette symétrie se donne comme une solution aux guerres intestines et religieuses qui culminent en Europe avec la guerre de Trente ans. Du XVIIème siècle au XXème siècle, les orientations politiques des États sont déterminées par la juridicisation de la guerre et la reconnaissance de l’ennemi, qui correspondent exactement aux guerres de Jus Publicum Europaeum, en tant que droit public interétatique. Dans la guerre, les parties belligérantes sont les souverains et elle procède de leur libre et mutuel consentement. Ainsi chaque guerre s’oriente vers la paix et les ennemis ont la capacité de l’établir. En ce sens le droit de la guerre ne lui est pas extérieur, et inversement la nature des choses belligérantes rend l’existence d’un droit possible.

Pourtant après les guerres mondiales du XXème siècle, les repères de symétrie commencent à se dégrader. Ces guerres ont changé de nature et de style. Les penseurs politiques du XXème siècle, de Carl Schmitt à Hannah Arendt, mais aussi des penseurs plus contemporains comme Etienne Tassin, sont d’accord sur ce point. Selon Schmitt, la définition classique de la guerre en tant que relation d’État à État ne suffit plus à notre époque « plastique ». Il ne s’agit plus de guerre "interétatique", d’une guerre de défi consistant en un rapport "éthique" ni d’une guerre bien définie selon les "normes juridiques ". Arendt, en soulignant les exemples terrifiants des bombardements de Coventry et de Dresde ainsi que l’explosion de la bombe atomique sur Nagasaki et Hiroshima, diagnostique l’avènement de la guerre totale, de la guerre d’anéantissement, les guerres ayant cessé d’être des instruments de la politique. Tassin en donne un exemple plus récent, la guerre de Bosnie-Herzégovine, pour affirmer que les guerres contemporaines « en ce qu’elles récusent le droit des gens et ce qu’elles ignorent la Convention de Genève, (…) se révèlent finalement des guerres non pas « civiles » mais menées contre les civils. »

Cependant ce constat commun du changement de statut de la guerre fait par des penseurs contemporains ne suffit pas pour penser la relation entre la guerre et la politique. Il faut prolonger la réflexion et la nourrir d’analyses de la « conflictualité » qui travaille, selon Tassin par exemple, l’action politique à l’intérieur des Etats. La nature de cette conflictualité est l’enjeu d’une discussion qui traverse la philosophie politique contemporaine, et que ce colloque voudrait justement mettre à jour.

Bien que Schmitt n’identifie pas exactement le conflit politique au conflit guerrier, sa notion de politique articulée autour de la désignation d’un ennemi n’en revient-elle pas à concevoir le conflit politique avec les catégories du conflit guerrier ? À cette tradition on peut opposer celle qui, tout en posant l’irréductibilité du conflit politique, s’efforce d’en penser la spécificité à l’écart des catégories de la guerre. Les noms emblématiques en seraient Arendt (l’agir politique comme liberté), Lefort (la division originaire du social), Rancière (la mésentente), Lyotard (le différend) et Tassin (la cosmo-politique des conflits), la mise au jour de deux traditions en débat n’excluant pas d’en identifier une troisième.

Les questions autour desquelles cette journée de philosophie politique tournera sont :

  • Comment la guerre est-elle pensée dans la philosophie politique contemporaine ?
  • Comment penser la conflictualité ? Y a-t-il plusieurs types de conflictualités ou tous les conflits sont-ils, d’une manière ou d’une autre, les déclinaisons d’un seul type de conflit ?
  • Quel statut donner à la violence à partir du moment où l’on pense la conflictualité à l’écart des catégories de la guerre ?

 


 

Programme

 

  • 9h30 : Accueil
  • 9h45 : Ouverture : Serpil Tunç Utebay (Université Paris Diderot-Paris VII) Ertan Kardes ( Université d’Istanbul)

10h-11h  : Présidente : Julia Saada (Sciences Po Paris)

  • George Navet (Université Paris 8-Vincennes) Du concept de guerre fractale 
  • M. Ertan Kardes (Université d’Istanbul) Les guerres desorientées en tant que problème limite de la philosophie politique

11h15-11h30 : Pause Café

11h30-12h30 : Président : Patrick Cingolani (Université Paris-Diderot-Paris VII)

  • Marie Cuillerai (Université Paris-Diderot-Paris VII) Au motif de la guerre, lectures éparses 
  • Martine Leibovici (Université Paris-Diderot-Paris VII) Le Nomos plutot que La Loi : Quels enjeux chez Carl Schmitt ?

12h45- 14h : Déjeuner

14h-15h : Présidente : Claudia Girola (Université Paris-Diderot-Paris VII)

  • Mustafa Poyraz (Université de Commerce d’Istanbul) Les quartiers sensibles français et la guerre au Proche-Orient
  • Denis Merklen (IHEAL, Paris 3) Conflit, contradiction et violence : Conflictualité sociale et politique en démocratie

15h15-15h30 : Pause Café

15h30-16h30 Présidente : Martine Leibovici (Université Paris-Diderot-Paris VII)

  • Anders Fjeld (Université Catholique du Louvain, Belgique) L’incommensurable de la conflictualité : différend, écart ou mésentente
  • Serpil Tunc Utebay (Université Paris-Diderot-Paris VII) La cosmopolitique des conflits chez Etienne Tassin

16h45-17h : Clotûre

 


Sur le site du Laboratoire de Changement Social et Politique

Programme de la journée