Atelier de recherche. PhiBE. Philosophie, biologie, écologie : interfaces épistémiques 2025-2026

Atelier de recherche « PhiBE »
Philosophie, biologie, écologie : interfaces épistémiques

Organisé par : Andrea Angelini (Université Paris 8, LLCP EA 4008), Matteo Mossio (CNRS-IHPST, UMR8590), Giuseppe Longo (ENS-CNSR, USR 3608)
Lieu : École Normale Supérieure | 29, Rue d’Ulm – 75005 Paris

 

A la suite du travail conduit depuis vingt ans au sein des séminaires « Complexité et information morphologiques » sous la direction de Giuseppe Longo – jadis en collaboration avec Francis Bailly et par la suite à côté de Matteo Mossio, Maël Montévil, Ana Soto et Carlos Sonnenschein – ce nouveau cycle de rencontres entend reprendre l’interrogation épistémologique et philosophique autour des sciences du vivant et la relancer en plusieurs directions.
Tout d’abord, ces séminaires ont pour but de prolonger et approfondir l’analyse des cadres théoriques qui – à travers l’étude de l’organisation et de la variation des êtres vivants – ont marqué la constitution de la biologie en tant que champs de recherche autonome et qui ont modifié profondément le regard sur la nature affirmé par les sciences physiques entre XVIIe et XVIIIe siècle. Dès le premier moment, cette autonomie a pu être seulement relative et contrastée. Inévitablement caractérisée par différentes approches méthodologiques et théoriques, constamment conditionnée par le contexte social et par les technologies politiques qui ont accompagné sa constitution et ses transformations, la biologie à toujours représenté un savoir de frontière à la limite entre plusieurs disciplines. Prise dans cette osmose constitutive avec les autres discours qui l’entourent et en tant que vecteur de nombreux transferts conceptuels (analogies, homologies, métaphores), le discours biologique a été toujours menacé dans son autonomie épistémique ou perçu comme une menace pour l’autonomie des autres sciences (comme dans le cas des sciences anthropologiques et sociales). En ce sens, il s’agira d’enquêter la constitution des concepts biologiques et leur circulation hors de leurs domaines de validité scientifique, mais aussi d’évaluer la contamination de ces concepts par d’autres disciplines – physique, technologie, économie, informatique – qui ont orienté leurs vicissitudes au cours du XIXe et XXe siècle.
Ce type de travail concerne également, et à plus forte raison, l’écologie et les sciences de l’environnement, alors qu’on considère leur singulière pluralité méthodologique et la complexité de leurs champs d’objectivation. Souvent considérée comme l’espace épistémique de rencontre entre “sciences naturelles” et “sciences humaines”, l’écologie peut être en fait reconnue comme la science transdisciplinaire par excellence, traversant les sciences biologiques, physiques et chimiques, allant jusqu’à l’anthropologie, l’éthologie et les sciences sociales, tout en passant par les sciences géographiques et géologiques ou par la cybernétique et la théorie des systèmes, ou encore par l’économie et les sciences de la santé. Un carrefour disciplinaire qui présente certainement – aussi en vertu de la centralité politique assumée par l’écologie dans les dernières décennies – d’importantes potentialités théoriques et pratiques, mais qui comporte néanmoins plusieurs risques et difficultés quant au caractère polysémique d’un grand nombre de notions comme celles d’organisme, société, population, communauté, régulation, santé, ou encore climat, milieu, environnement, écosystème, biodiversité etc. Des notions qui sont toujours à considérer dans leur pluralité et fluidité épistémique ainsi que dans leurs implications gouvernementales et dans leur exposition aux instrumentalisations les plus diverses.
Notre objectif sera donc celui de valoriser un travail théorique sur les interfaces épistémiques par lesquelles les sciences du vivant et de l’environnement ont toujours élaboré leurs cadres conceptuels. Un effort qui vise à garder la spécificité de la construction scientifique de connaissance sans toutefois faire abstraction de l’épaisseur historique et sociale des concepts, afin de promouvoir une réflexion philosophique, épistémologique et politique sur l’histoire et l’actualité des sciences biologiques et écologiques.

 

Programme

8 octobre 2025 (16h-18h)
Maël Montévil (CNRS ENS-Centre Cavaillès)
« Theory and theorization in the sciences »

4 novembre 2025 (17h-19h)
Jana Švorcová (Charles University, Dept. of Philosophy and History of Sciences)
« On evolution by habit »

9 décembre 2025 (17h-19h)
Alberto Vianelli (Università dell’Insubria)
« Et si considérer enfin la photosynthèse pouvait constituer un autre point de vue dans le débat sur la comparaison entre plantes et animaux ? »

27 janvier 2026 (17h-19h)
Carlos Sonnenschein (TUFTS University, Boston)
« Traveling from the Old Biology to the New Biology »

3 février 2026 (17h-19h)
Charbel El-Hani (Universidade Federal de Bahia)
« Explaining ecological systems in non-reductionist terms based on hierarchy theory and the theory of biological autonomy »

11 février 2026 (16h-18h)
Philip Ball
« The enabling molecular mechanisms of biological agency »

10 mars 2026 (15h30-17h30)
Andràs Paldi (École Pratique des Hautes Études)
« Petite thermodynamique de la vie cellulaire ou comment l’efficacité métabolique conduit vers la différenciation et formation de l’organisme »

1 avril 2026 (17h-19h)
Adam Nocek (Arizona State University)
« The Normative Organism : Canguilhem, Whitehead, and the Crisis of Value »

14 avril 2026 (17h-19h)
Barbara Berardi (University of the Basque Country)
« Évaluation des risques des pesticides : le décalage entre science réglementaire et science académique »

27 mai 2026 (17h-19h)
Anne-Laure Fougères (Université Claude Bernard Lyon 1)
Titre de l’intervention : TBA

9 juin 2026 (17h-19h)
Gaëlle Pontarotti (Université de Namur)
Autour du livre Par-delà les gènes : Une autre histoire de l’hérédité, Gallimard, 2025

 


 

Séminaire sur invitation : pour y assister, écrire à Andrea Angelini (andream.angelini@gmail.com).