Séminaire « Archives non européennes de la philosophie » 2019-2020

Farah CHERIF ZAHAR, Orazio IRRERA, Nadia Yala KISUKIDI, Matthieu RENAULT, Guillaume SIBERTIN-BLANC
Archives non-européennes de la philosophie (2)

 

Semestre 1 et 2 (une semaine sur deux)
Mercredi 12h-15h
 en salle C103
Ce séminaire est ouvert à tou·te·s (Validable en Master et Doctorat)

Le cursus classique offert par les départements de philosophie des universités françaises consiste généralement en l’étude des auteurs occidentaux, de leurs œuvres et des notions et concepts qu’ils ont produits. Ainsi et, par un paradoxe seulement apparent, la philosophie se présente comme une discipline parfaitement décontextualisée – « la philosophie » tout court – tout en étant toujours simultanément une activité attachée à un espace géographique déterminé – l’Europe, l’Occident – et inscrite dans une histoire particulière – celle qui débute avec le « miracle grec » et est intrinsèquement liée au destin exceptionnel de l’humanité européenne. Celle-ci est conçue comme avant tout grecque, romaine et judéo-chrétienne et ayant la Raison pour essence, identité et telos. Le présupposé non questionné est que l’idée de « philosophie européenne » constitue un pléonasme et la « philosophie non-européenne » irrémédiablement, sinon une contradiction dans les termes, du moins une manifestation accidentelle et marginale.
Ce séminaire vise à interroger cette géographie et cette histoire situées de la philosophie et à tenter de produire ainsi d’autres topographies de la philosophie, affectant son idée en compréhension (Que peut désigner le nom « philosophie » ?) et en extension (quels sont ses objets ? Ses territoires ? Les sujets qui la construisent ?). Il s’agira (1) d’interroger la manière dont la philosophie s’est constituée historiquement comme une discipline codée axiologiquement, (2) de poursuivre une relecture critique de la constitution des traditions philosophiques occidentales impliquant la révision conjointe de leurs suppositions métaphysiques et anthropologiques, (3) de s’engager dans un travail d’archivage des productions philosophiques non-européennes. Ce dernier axe du travail doit permettre à la fois de remettre en question la linéarité du récit canonique de l’histoire de la philosophie, de réinterroger le canon de la discipline, ses sujets, auteurs et textes de référence et d’éclater les frontières – notamment linguistiques – assignées aux productions de l’esprit afin de mieux saisir les connexions, similarités et différences de celles-ci.
Lieu d’expérimentation et d’élaboration théorique, ce séminaire alternera séances de lecture et de réflexion collective, exposés de participant.es au séminaire et interventions d’invité.es extérieur.es.