Séminaire de recherches transculturelles 2021-2022

Séminaire de recherches transculturelles
2021-2022

1er semestre

 Visioconférences
https://meet.google.com/cpr-ariy-tan

 

Mercredi 15 septembre 2021 de 12h à 15h
Salle A3-329 de la Maison de la recherche de Paris 8
Mounirou DIALLO
« Guelwaar de Sembène Ousmane : de l’image-récit (roman) à l’image-mouvement (cinéma) »

On dit souvent que le romancier a toujours le meilleur « casting », puisqu’il n’a pas à composer avec des acteurs ; il ne perdrait ainsi rien de son image mentale en faisant agir ces personnages inventés. Que se passe-t-il alors lorsque ce même romancier décide de se faire cinéaste ? Plus sérieusement, comment passe-t-on de l’image romanesque à l’image cinématographique, ou inversement ? Mieux, quels écarts, quelles transmutations ou, tout au plus, quelles métamorphoses faut-il opérer pour qu’un artiste soit à la fois un redoutable créateur et un génie du montage ?

L’objectif de mon analyse est de monter que le film de Sembène est un poème qui fait voir une image mentale du romancier, en m’appuyant, d’une part, sur les analyses du Laocoon de Lessing et les travaux de Deleuze sur l’image cinématographique (L’image-mouvement, 1983), d’autre part. Ainsi regarder Guelwaar, c’est comme lire un poème, avec ses grappes d’images, qui nous fait voir les insolubles et tragiques problèmes de l’Afrique noire. Cette thèse s’appuie sur l’idée qu’il y a, chez Ousmane Sembène, une image-mouvement (le cinéma) – expression du génie de l’artiste qui se fait poète-cinéaste – et une image-récit (le roman) qui se complètent. Mais somme toute irréductibles. Il faut tout de même s’empresser de préciser que l’image-récit de Sembène n’est là que pour servir le poète-cinéaste. Cela veut dire que le roman de Sembène est un moyen qui a permis de révéler le destin d’un génie dans l’art du montage. Cette analyse cherchera au bout du compte à défendre ceci : Ousmane Sembène est celui qui voit le monde avec l’œil d’un artiste qui accomplit son génie dans le cinéma « en poussant son image-mouvement jusqu’à sa limite ».

Mots-clés : image-mouvement, image-récit, cinéma, film, scènes romanesques, Guelwaar, « poésie des images », poète-cinéaste, figure de pensée, projection, Afrique noire, dépendance, dignité humaine.

Support : Projection de quelques séquences du film (Guelwaar) pour illustrer l’exposé.

Mounirou Diallo est docteur en philosophie et enseignant-chercheur au Département de Philosophie de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines (FLSH) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Ses recherchent portent essentiellement sur l’esthétique et la philosophie de la culture négro-africaines. Ses travaux interrogent le statut épistémique de la littérature négro-africaine et ses impacts sur la manière de philosopher en Afrique noire. Il est l’auteur de Le concept et le roman. Philosopher avec la littérature en Afrique noire, paru aux éditions Hermann, 2017.