Séminaire « L’écriture du réel » 2017-2018

Séminaire « L’écriture du réel » 2017-2018
Écritures et révolutions

Séminaire de recherche
Animé par Bertrand Ogilvie en collaboration avec Julia Christ, Étienne Balibar et Yves Duroux

 

Semestres 1 et 2
Mardi 12h-15h
Salle C 103

Ce séminaire sera consacré à une rédexion sur la question de savoir quelles langues, quelles syntaxes, quels vocabulaires ont tenté de dire et de penser ce qui s’est passé lors des révolutions (1789, 1848, 1870, 1917, etc.), alors que le langage de la pensée politique occidentale demeure d’une part largement gréco-latin et d’autre part empêtré dans les figures de pensée du droit naturel et du contractualisme. Comment dire, politiquement et juridiquement, l’apparition des femmes dans la pratique politique ? Quels droits, quels devoirs de « citoyennes » peuvent-elles revendiquer ? Quel langage faut-il inventer pour dire les femmes ? Comment dire l’abolition de l’esclavage ? Comment dire la mise à mort du roi ? Comment dire le premier attentat commis par le jeune anarchiste Émile Henry dans un café des grands Boulevards à Paris ? Quel langage a pu se hisser à la hauteur du phénomène révolutionnaire, quels mots ont permis de le dire ou y ont échoué ? On lira les textes accompagnant les révolutions traversées par les sociétés depuis la RévoluDon française : du texte de Sièyes sur le Tiers État, des discours de Mirabeau et de Condorcet à la première constituante, des interventions de Saint-Just et Robespierre mais aussi de Babeuf et d’Olympe de Gouges, en passant par les textes de Marx et d’Engels, de Proudhon, jusqu’aux textes d’intervention de Lénine (Que faire ?, L’État et la Révolution) et au-delà. Il faudra ressaisir la transformation que la pensée, ses catégories et, partant, la philosophie politique a subi au contact de l’action révolutionnaire et des nouveaux acteurs que les révolutions font entrer sur la scène de la pensée (nation, société, peuple, plèbe, esclaves, femmes, etc.). On se demandera aussi comment ces hétérogénéités se voient phagocytées, au fur et à mesure de l’évolution de processus révolutionnaire, par la pensée politique libérale. Autrement dit, comment la politique sous forme de police (selon les termes de Foucault comme de Rancière) en arrive à occuper le terrain de la langue jusqu’à en chasser les voix discordantes.

Dans le cadre de ce travail, nous nous interrogerons particulièrement sur la manière dont se sont tressés, à l’occasion des révolutions, deux vocabulaires d’abord indépendants, celui de la poliDque d’une part mais aussi celui de la science, des savoirs, des techniques dans lesquels sont nés à la fois les révolutions industrielles, économiques et managériales, porteuses de conception de la temporalité, du progrès, de la nouveauté et d’exigences épistémiques et paradigmatiques croisées (la science comme politique d’appropriation de la nature, la politique comme science des comportements sociaux) qui ne sont pas forcément d’elles-mêmes convergentes ou compatibles, sources donc de malentendus et de contradictions éventuellement dramatiques.

 


 

Indications bibliographiques :

  • Condorcet. (2009). Réflexions sur l’esclavage des nègres. Paris : Editions Flammarion.
  • Gouges, O. de, & Reid, M. (2014). « Femme, réveille-toi ! » : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et autres écrits. Paris : Folio.
  • Adrien Duquesnoy, Un révolutionnaire malgré lui. Journal mai-octobre 1789, Paris, Mercure de France (Le Temps retrouvé), 2016.
  • Marx, Les luttes de classes en France
  • Dolf Oehler, Juin 1848. Le spleen contre l’oubli. Baudelaire, Flaubert, Heine, Herzen, Marx, (1996), Paris, La Fabrique, 2017.
  • Lénine. (2009). Que faire ?
  • Levy, B. (2002). Le Meurtre du Pasteur. Paris : Lagrasse : Grasset.
  • Milner, J.-C. (2016). Relire la Révolution. Lagrasse : Editions Verdier.
  • Robespierre, & Mazauric, C. (1989). Ecrits. Paris : Messidor.
  • Saint-Just, L.-A.-L., Kupiec, A., & Abensour, M. (2004). Oeuvres. Paris : Gallimard.
  • Sieyès, E. (2009). Qu’est-ce que le tiers-état ? Paris : Flammarion.
  • Wahnich, S. (2003). La liberté ou la mort : Essai sur la Terreur et le terrorisme. Paris : La Fabrique éditions.
  • Florence Gauthier, Vie et mort du droit naturel en révolution. 178-1795-1802, Paris, PUF, 1992.