LACHIN Timothy 4.12.2019

Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis

École Doctorale 31 « Pratiques et Théories du sens »
EA 4008 LLCP (Laboratoire d’études et de recherches sur les Logiques Contemporaines de la Philosophie)
 

Soutenance de Thèse de doctorat de philosophie
de

Mr Timothy Lachin
 
Dialectique du non-lieu

 
Le mercredi 4 décembre 2019, 9h,
Salle des Thèses, Espace Deleuze, Bâtiment A, premier étage,
Université Paris 8

 
 

Devant un jury composé de :

Mme Véronique CNOCKAERT, Professeure à l’Université du Québec à Montréal

M. Marc Perelman, Professeur à l’Université de Paris Ouest-Nanterre

M. Frédéric VINOT, Maître de conférence à l’Université Côte d’Azur

M. Patrice Vermeren, Professeur émérite à l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis
 
M. Bertrand OGILVIE, Professeur à l’ Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis / Directeur de la thèse.

 

 

Résumé de la thèse

« L’analyse de l’inconscient devrait être une géographie plutôt qu’une histoire ». (Gilles Deleuze) 

La psychanalyse est impensable en l’absence d’une topologie. Freud conçoit l’inconscient comme un jeu de régions, un « appareil composé de plusieurs instances, districts, provinces  ». À la fin de sa vie, il va jusqu’à faire dériver la spatialité réelle de la spatialité de l’inconscient : « Il se peut que la spatialité soit la projection de l’étendue de l’appareil psychique. Aucune autre manière de la faire dériver ne paraît vraisemblable. Au lieu des conditions a priori de Kant, voilà l’appareil psychique. La psyché est étendue, de cela on ne sait rien . » La présente thèse constitue une tentative de prolonger cette réflexion du dernier Freud. Notre but sera de rendre compte des mutations dans l’inconscient hypermoderne en analysant les lieux réels qui en sont en même temps le reflet, la cause et la conséquence. L’ontologie qui va nous orienter, et qui sera développée, est celle d’un réel qui se dédouble sans cesse sous la pression constante de la négativité. Ce dédoublement primordial divise le monde en un intérieur et un extérieur qui sont en même temps un et deux. Or, suite à la mise en place de ce que nous pouvons ainsi appeler le principe d’extimité, la vérité ne se trouve plus d’un côté ou de l’autre de la faille mouvante de la négativité mais plutôt dans le mouvement même de celle-ci. Chez Lacan, la référence à la topologie est encore plus conséquente que chez Freud. Deux citations de la fin de son enseignement vont nous servir de boussole au cours de la présente étude. Premièrement : « La topologie, c’est le temps . » Avec cet énoncé, Lacan nous indique que la spatialité a besoin de la temporalité pour se réaliser et vice versa. Deuxièmement : « Il y a certainement une vérité de l’espace qui est celle du corps. Le corps, en l’occasion, est quelque chose qui ne se fonde que sur la vérité de l’espace . » Le corps est donc ce qui relie la spatialité et la temporalité. Cette thèse a donc nécessairement une structure double. D’un côté, un mouvement centrifuge qui va de la théorie psychanalytique vers la phénoménologie. De l’autre côté, un mouvement centripète, qui va de la phénoménologie géographique vers l’inconscient. La citation suivante de l’ethnologue Marc Augé nous servira de point de départ de ce mouvement centripète :

« Si un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non-lieu. L’hypothèse ici défendue est que la surmodernité est productrice de non-lieux. »

Ce que nous avons perdu au cours du 20ème siècle n’est rien d’autre que le lieu lui-même. C’est cette perte que nous essayons de théoriser ici. La construction double de cette thèse – tantôt centripète, tantôt centrifuge – exige la mise en place d’une structure qui détermine ces transformations de registre. Aussi, nous allons devoir compléter la phénoménologie des divers lieux analysés par une dialectique du lieu en tant que tel. Ceci nous amènera à revisiter le rapport trouble qu’entretient Lacan avec Hegel, et plus précisément le statut de l’Aufhebung dans son enseignement. 

Cette étude comporte huit chapitres :

1. L’espace psychotique, ou l’impossible Aufhebung

Le premier chapitre est est consacré à la mise en place d’une dialectique reliant l’espace abstrait du plan cartésien à l’espace concret du corps. 

2. L’inconscient de la Nouvelle-Orléans

Avec la mise en place de la dialectique du lieu dans le premier chapitre, nous passons à la phénoménologie d’un lieu concret, la Nouvelle-Orléans. Nous proposons une ontologisation, au niveau de la ville, du modèle psychanalytique du sujet. 

3. L’objet albanais

Dans le troisième chapitre, nous analysons le cas d’un autre lieu qui est en train de devenir un non-lieu : l’Albanie. Le parcours singulier menant ce petit pays au statut de non-lieu nous révèle un certain nombre de moments discrets dans la dialectique du lieu. 

4. Excalibur, ou la terre est le phallus du réel

Nous proposons une lecture du film Excalibur de John Boorman (1981) pour rendre compte du passage du Nulle Part primordial de la jouissance au mythe du premier Quelque Part. 

5. James Ellroy, ou le lieu du crime     

La Los Angeles de James Ellroy est un lieu régi par le discours du maître. Nous illustrons, via une lecture serrée du Dahlia noir (1987), comment Ellroy nous fait assister à la désagrégation de ce lieu pervers sous la pression du discours du capitaliste. 

6. Michel Houellebecq, ou le lieu qui ne désire plus

Là où la Los Angeles d’Ellroy est organisée autour d’un objet a uniquement saisissable via le rituel pervers, l’univers de Michel Houellebecq est organisé autour de la forclusion de tout objet et, avec lui, de toute dialectique. 

7. Las Vegas, ou la géographie du gagneur    

Nous dirigeons notre attention vers la structure urbaine de Las Vegas. Celle-ci est composée surtout d’exurbs, définis comme des banlieues sans ville. 

8. Géographies anales, géographies vaginales 

Nous abordons, dans le dernier chapitre, la question du désir. A quoi ressemble un lieu désirant ?